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Vous me demandez souvent

Mais que veut dire "Men-Allen" ?

Vous me demandez souvent... Quand vous choisissez un hébergement pour un week-end, des vacances, comme une chambre d'hôtes ou un gîte, vous avez sans doute remarqué que celui-ci a généralement un nom. Rarement celui des propriétaires mais un nom en référence soit à l'histoire de la maison, soit au lieu. C'est comme une signature, une photo... Bref, là vous vous dites...

qu'ici, au clos du Mèn-Allèn, il semble y avoir une consonance anglophone dans deux mots. Aussi, je vous invite à visiter le site web de la maison d'hôtes. S'il est en priorité en français, il respire le bon air iodé du bord de mer, le bleu du ciel, la campagne des genêts, les incontournables hortensias. Oui, il y a une explication bretonne !

Au fil des siècles, la Bretagne a façonné son empreinte culturelle dans la mémoire de ses habitants. C'est la langue de mes ancêtres. Il était alors naturel que je m'inspire de mes racines pour donner le nom à la maison d'hôtes.

Passons aux choses sérieuses :

Pour commencer, j'ai choisi de donner la dimension du lieu avec une expression tout d'abord française : "Le Clos"

Le "parler français" en Bretagne 

- Le clos : c'est un lieu constitué de bâtiments entourant un espace : une cour, un jardin. Ici le bâti était une ferme.

Ne croyez pas que les bretons ignoraient le français. Depuis moult siècles, les bretons se sont accrochés à leur territoire comme une bernique à son rocher. Mais, depuis des lustres ils sont aussi des voyageurs, des marins. Les invasions des pays du nord ou les réquisitions par les seigneurs du coin pour grossir une armée pour le roi de France les ont obligés à communiquer dans d'autres langues. Alors forcément, ils connaissent le français. Ils l'ont appris, lors de leurs longs voyages ou sur les champs de bataille comme on peut le penser avec la chanson du "Pelot d'Hennebont" que le groupe des Tri-Yann a mis au goût du jour !

Certains ouvrages le mentionnent :

Quand le chemin de fer n'existait pas encore en Bretagne, les voyageurs de la capitale qui y venaient, se déplaçaient, à pied, en diligence, par bateau. Ceux qui choisissaient la navigation, descendaient par la Loire et remontaient vers le Morbihan. L'ouvrage de Matthieu de Gélis, aux éditions des six-coupeaux, rapporte les périples de Pitre - Chevalier dans Voyage en Bretagne, Le Morbihan.

On raconte qu'une fois, des beaux messieurs venant de Paris, avaient prévu d'accoster dans la rade de Lorient, vers Port-Louis. Seulement, ils étaient plus découvreurs que bons navigateurs. Croyant être sur la bonne voie, le bateau voguait en fait vers la presqu'île de Rhuys.

La brume, la nuit tombante, la fatigue, firent qu'ils se perdirent. Ils appelaient à l'aide mais personne à l'horizon. Puis ils aperçurent au loin un paysan qui rentrait chez lui, avec son cheval et sa charrette, après une journée de travail au champ. Le paysan les entendit et il leur répondit en breton... Les malheureux se rendirent compte que tout échange était vain car celui-ci ne semblait rien comprendre de ce qu'ils disaient. Le paysan continua sa route et les navigateurs poursuivirent tant bien que mal leur voyage.

Ils finirent pas y arriver tard le soir et trouvèrent une auberge pour se restaurer et y passer la nuit. Sur le seuil de la porte, ils reconnurent la silhouette et la voix du paysan. Ce dernier était appuyé au comptoir et racontait à qui voulait l'entendre, qu'il avait croisé un bateau et son équipage perdu au beau milieu des marais de Suscinio. Quel ne fut pas leur étonnement d'entendre notre breton parler dans un français plus que correct !

Plus près de notre époque, il y a Mérimée, inspecteur général des monuments historiques. Envoyé par Paris pour répertorier tous les sites particuliers de France et de Navarre.
Quand il a rencontré les bretons lors de son déplacement dans notre région, ça n'a pas été triste non plus.

A son arrivée, s'il a apprécié l'île de Gavrinis dans le Golfe du Morbihan, les mégalithes et le tumulus de Carnac, beaucoup d'autres de grande valeur historique n'ont pas trouvé grâce à ses yeux. Le manque d'éléments pour mesurer l'importance de quelques-uns (depuis ils ont été reconnus : Auray avec Saint-Goustan ; Vannes, cité bimillénaire), ajouté à la méconnaissance des particularités régionales, ont été des barrières qui ont bien desservi les bonnes intentions de départ et donné un caractère exotique à la Bretagne pour longtemps.

Et pour cause, imaginez les gens du pays voyant ce monsieur débarquer, bien propre sur lui, posant des questions sur le patrimoine, l'environnement. Il avait une mission à remplir et ne prenait pas la peine d'expliquer sa démarche à des "rustres" semblant peu coopératifs. Nos bretons de l'époque ne voyaient pas l'intérêt qu'on pouvait y trouver à des lieux qui appartenaient au passé. Vivre tous les jours dans un décor qui fait partie, somme toute, du quotidien et qui devient, tout d'un coup, extraordinaire - rare pour d'autres, il y a forcément un décalage quelque part.

Les bretons sont des gens qui parfois prennent les choses "au pied de la lettre". Toutefois, ils ont une capacité d'humour et d'auto-dérision ! Remarquant le peu d'empathie de M. Mérimée à leur égard, ils n'allaient pas en plus lui simplifier la tâche. Ils se sont mis à lui répondre en langue bretonne en faisant semblant de ne pas comprendre ses propos. Entre-nous, je pencherais sur l'idée qu'ils se fendaient l'âme à rire...

D'autant plus si les réponses aux questions posées n'avaient rien à voir. On peut penser que les commentaires étaient d'un autre registre. C'était perdu d'avance, tant les histoires racontées en langue bretonne sont souvent très drôles et déclenchent chez les connaisseurs l'hilarité générale. Si vous demandez la traduction en français, on vous répond que ce n'est pas possible. Parce que disent-ils : l'histoire perdrait son sel !

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Comment les bretons se sont adaptés au français ?

Le français est devenu la langue pour tous en Bretagne. Mes parents, mes grands-parents, comme la plupart, la parlaient entre eux mais ne nous l'ont pas transmise. Un héritage qu'ils devaient oublier. Depuis le début du 20ème siècle, il était très mal vu, pour ainsi dire interdit aux parents de parler breton et d'apprendre cette langue à leurs enfants. Dans les campagnes et les villages de l'arrière pays, moins impactés par les mouvements de la population l'influence a été moindre. C'est ce qui a permis sans doute de préserver le patrimoine linguistique.

A la fin de la période 39-45, les bretons ont quasiment abandonné la langue de leurs ancêtres. La langue bretonne a pratiquement disparue.

On a du mal a imaginer que cette attitude imposée ait entraîné des émeutes dans certains endroits. Sous peine de ne pas avoir l'eau, l'électricité ou simplement les allocations familiales, à l'instar de ce couple du Finistère qui s'est battu toute sa vie pour faire reconnaître auprès de l'état civil leurs enfants, auxquels ils avaient donné des prénoms bretons. Il n'y a pas encore si longtemps, un jeune couple s'est retrouvé devant la justice pour faire reconnaître le tilté ~ sur le "a" de Fanch, prénom de leur enfant ! 

Pourtant, si on se réfère aux statistiques, dans tous les pays il y a des particularités linguistiques. Il y a encore aujourd'hui 72 % de la population mondiale qui parle 2 langues. Il y a 100 langues vivantes en Europe et 68 millions d'européens utilisent une autre langue que la leur dans leur vie de tous les jours. Actuellement, dans le Morbihan, il y a quelques écoles, primaires, secondaires, lycées qui ont des classes bilingues bretons-français. Sur votre route, en venant vers Le Clos du MènAllèn, vous verrez les panneaux de signalisation des communes bien souvent affichés dans les deux langues comme je vous le montre ci-dessous avec "Erdeven".

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Nous y voilà avec la 2ème expression : "Men-Allen"

Le "parler breton"

- Men : mot venant du breton : mein ou men. Il se prononce : mènn. Il signifie : pierre, caillou. Non, "men" dans ce cas n'est pas le pluriel de "man" mot anglais et américain signifiant hommes.

L'adresse de la maison d'hôtes : rue des menhirs. Menhirs : en 2 mots = men - hirs qui veut dire = pierres levées. La rue s'étire sur 800 mètres, avec tout au bout, en direction de Plouharnel-Carnac-Quiberon, le site mégalithique de Kerzhéro. Il se trouve sur votre gauche.

Un autre exemple avec "men" : vous connaissez aussi le mot "dolmen" qui veut dire, dol : table ; men : pierre.

- Allen : là nous sommes avec un mot breton francisé venant de halén ou holén. qui veut dire le "sel".

Pour bien le prononcer, on dit "allèn" avec un "h" aspiré. Il ne faut pas oublier que dans l'ancien temps, le sel était une richesse régionale. On parlait du pays de l'or blanc en opposition au pays de l'or noir qui était celui de la culture du sarrasin.

Tout proche d'Erdeven : Carnac avait ses marais salants. Quand vous descendez vers Carnac-plage, regardez à droite, en face du casino, vous voyez des terres submergées, ils se trouvaient là, jusqu'à la thalasso. Cet espace est devenu une halte pour les oiseaux marins : cormorans, aigrettes... Juste après de la thalasso, vous apercevrez un bâtiment en pierres qui borde l'eau, c'est un ancien grenier à sel.

A l'opposé de Carnac, à 4 kms de la maison, la Ria d'Etel, une vallée marine qu'il faut absolument voir avec sa petite maison de Nichtaguer, à Saint-Cado. Au fil des marées, le courant s'engouffrant dans le passage de la "barre d'Etel" emporte l'eau salée dans le chenal, passe sous le pont-lorois pour ennoyer les rives de toutes les petites communes littorales du fond de la ria. Il permet ainsi la culture des huîtres.

Si vous avez la chance d'embarquer sur le bateau de la Navix, accosté au port d'Etel, pour faire une visite complète de ce joyau écologique, profitez-en. Je dis chance parce qu'il y a plusieurs paramètres à prendre en compte qui rendront votre visite possible ou pas : la marée, le bateau ET la disponibilité du capitaine !

Au fil de la balade, vous découvrirez ce fameux courant. Ne vous fiez pas à l'eau qui dort ! C'est un des plus fort d'Europe, il s'appelle : le mènallèn.

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Pour faire référence au livre écrit par un ami, "les racines de l'avenir", Je me suis appuyé sur le passé de la bâtisse. Garder le lien entre ce qu'elle avait été pendant certainement + de 150 ans : une ferme ancrée dans ce pays maritime de la baie de Quiberon et sa nouvelle destinée en ce début du 21ème siècle : une maison d'hôtes. Toujours une maison de famille et toujours ouverte sur le monde. On peut mieux comprendre l'utilisation de "men-allen", ou "mènallèn". Une expression bien inspiré par le lieu et l'histoire. Il signifie : "pierre de sel". 

De nos jours, dans les exploitations agricoles, dans les élevages de chevaux, les fermiers et les éleveurs donnent au bétail, à côté du fourrage, des blocs à lécher constitués de sel et d'oligo-éléments. Ceci dans le but d'obliger les animaux à boire de l'eau et ainsi éviter la déshydratation. C'est le seul minéral que nos chères vaches ont la sagesse naturelle et nutritionnelle de consommer.

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Pour en savoir un peu plus :

Vous avez remarquez ? Le nom de ma commune ?

- Erdeven :  en breton = An Ardeven ; en français R 2 vènn. Veut dire : Sur la dune !

Ainsi, la prononciation des mots varie selon la situation : quand on dit Erdeven, on prononce Erdevèn(e) sans le e à la fin mais avec le son è. Comme dans le Golfe du Morbihan, les communes : Baden, on dit Badèn(e). Plougoumelen : Plougoumelèn(e), et vers le Finistère à 1 heure de ma maison la célèbre cité des peintres : Pont-Aven se dit Pont-Avèn(e), toujours de la même façon.
Mais direz-vous, pourquoi prononce-t-on Ploeren (commune situé près de Vannes) en disant la terminaison "un", ou dans le Finistère : Lesneven, Pleyben et son fameux calvaire, par exemple ?
En fait toutes les communes qui ont des noms qui finissent par "en" et se situent en bord de mer, se disent avec le son èn(e) et les communes à l'intérieur des terres qui ont des noms qui finissent par "en" se prononcent "un".

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Le langage breton, qu'en reste-t-il ?

Le bretonnisme :

Malgré l'évolution vers le français, les bretons ont gardé des tournures de phrases bretonnes pour les transposer en français, un français local en quelque sorte. On appelle ça du bretonnisme comme le dit si bien Hervé Lossec dans son livre "Les Bretonnismes" paru aux éditions Skol Vreih.

Pour exemple, si vous séjournez en Bretagne, vous entendrez ce genre d'expressions :
-Attention de tomber : qui veut dire le contraire bien sûr,
-Avoir du goût : s'amuser, se réjouir.
-Avoir l'air fin : qui veut dire être ridicule.
-Au milieu de tout : arriver sans crier gare.
-C'est une brell : un écervelé
-C'est pas pour dire, mais...
-Casser la soif : se désaltérer.
-Comment que tu dis ?
-Enlève tes choses de là
-Il est bu
-Il est malade au lit
-J'ai mis mon nom pour aller en voyage
-J'ai laissé mon sac après moi (j'ai oublié)
-Mettre ses chaussures dans ses pieds
-Toi, tu dois savoir au moins...
-Travailler sous l'état
-T'as mis la moitié trop !
-Croche dedans
-Ko ! genre "ça va ko" qui est un terme affectif en parlant à un enfant.
-Hopala ! une expression admirative.
-Hopopop ! Eh oui : assez comme ça ! Une expression que je lis sur les réseaux sociaux.
Il y en a encore beaucoup d'autres formulations que je ne vais pas citer ici. Vous les trouverez dans le livre d'Hervé Lossec qui vaut son pesant de mots.

Oui, bon, il y a quelques formules qui risquent de m'échapper et ne vous étonnez pas de les entendre quand vous serez au Clos du Mèn-Allèn !

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Les mots ou expressions intraduisibles :

Il y a aussi des mots bretons qui sont passés dans notre vocabulaire courant. La plupart du temps ce sont des mots courts qui ont un sens très appuyés et n'ont pas trouvé d'équivalent dans la langue française, par exemple :
- Le lait "ribot", pour accompagner les crêpes de sarrasin ! Ribot -petit lait ou babeure- ribot voulant dire "baratte" la machine à faire le beurre.
- Grignou : qqu'un qui se plaint, aussi qqu'un qui n'est pas propre.
- Brinbouit : un rien de bon
- Torrpenn : littéralement : casse-tête ; quelqu'un de pénible.
- Tratcheller et trapetcheller :  il tratchelle, il trapetchelle, il ne fait rien de bon dans son travail, il traîne.
- L'expression "faire du chtall" : faire des manières.
- Attraper son "pedjeumeunn" : dire à quelqu'un ses quatre vérités.

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Le Breton :

La langue bretonne, ce n'est pas un "patois". Si vous dites ça c'est une insulte pour les bretonnants et sympathisants. C'est une vraie langue avec ses mots, son vocabulaire, ses conjugaisons, ses tournures de phrases, ses accords de verbe et... son accent.

Le vocabulaire breton est un peu comme celui de la langue anglaise. On appelle un chat : un chat, pas un minou, pas un matou. Il n'y a pas trente-six milles mots pour dire les choses comme le français. C'est plutôt le ton employé qui va faire la différence. Ne croyez pas qu'elle manque de poésie. Par exemple, il n'y a pas de mot pour définir une personne amoureuse. On dira textuellement : "elle a le feu dans le coeur" : en phonétique ça se dit : meintan-ni-galon !

Les mots bretons, les vrais, ceux pour lesquels il y a un dictionnaire, ceux qui ont leurs traductions françaises. Vous entendrez ou lirez au moins un !

En voici une petite liste :

Oui : Ya ; non : nann
Bretagne : Breizh (se prononce braise)
Petite mer : Morbihan (mor : mer ; bihan : petite ; le seul département sur les 4 de Bretagne à avoir un nom breton)
Village : Ker (se prononce kèr)
Maison : Ty
Chambres : Kambr ou hambr
Dormir : Kousked
Encore : warr
Petit-déjeuner : Lein
Pain : bara - Beurre : amounenn
Crêpes : Krampoued
Gâteau : kouign-amann : gâteau au beurre
Poisson : pesked - huître : istr
Bonne journée : Deimat (se prononce dématt)
Le Soleil : an héol
Gwenn ah Du : blanc et noir
Fête de nuit : Festnoz
Au Revoir : Kénavo

Conclusion :

Je n'ai pas la science infuse concernant l'histoire du langage breton. J'espère juste vous avoir éclairé sur la signification du nom de ma maison d'hôtes :  Le Clos du MènAllèn, à défaut vous avoir fait sourire. Et selon la formule consacrée du bretonnisme : "Vous saurez au moins... un peu plus" !

A bientôt,

Clotilde, votre hôtesse.