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Il était une fois : un meuble aux 108 tiroirs

Comment j'ai meublé ma salle-à-manger et autres Diy :

Regardez bien la photo. Vous apercevez contre le mur du fond un meuble avec de multiples tiroirs. Allez... Un peu de mathématiques : Horizontal : 12 ; Vertical : 9... Faites le compte :

il y en a 108 ! Plutôt rare de nos jours, les meubles de métier de cette taille. Je n'ai pas de photos le montrant comment je l'ai récupéré (pour cause de disque dur qui m'a lâchement abandonné) mais il était loin de ce qu'il est aujourd'hui. Il était en piteux état. Par chance, tous les tiroirs étaient existants. Les poignées sont d'origine et les portes-étiquettes sont quelque part dans la maison, elles attendent depuis longtemps d'être mise en place. Mais je le trouve bien sans. Bon, je ne vous dis pas le "pataquès" quand je dois retrouver un objet (le plus souvent des bougies) ! Dans quel tiroir l'ai-je mis ? Alors j'ouvre, un, puis un autre... parfois je retrouve des choses que j'avais complètement oublié de les avoir rangés là !

Quand j'ai rénové la maison familiale, bien que j'avais des meubles depuis toujours, il me fallait en trouver quelques-uns pour compléter le décor, notamment pour la salle à manger où je sers le petit déjeuner le matin. Celle-ci est relativement grande et confortable. Je pouvais donc laisser libre cours à mon imagination !

Le meuble à tiroirs :

Les rencontres font parfois que vous vous retrouvez avec des choses improbables. Celui-ci de facture relativement rustique, me racontait déjà sa vie.

Voici son histoire :

Il était une fois un meuble aux 108 tiroirs.
Il était là, depuis qu'il avait quitté la quincaillerie,
Chez un marchand de vélo qui était parti
en laissant tout derrière lui !
Quitter les montagnes noires
Et... voir la mer ! C'est vrai, il habitait dans les terres,

Au milieu de la Bretagne, entre Carhaix et Plouguèr.

Là-bas, on ne réparait que "les vieilles charrues"
Et de bicyclettes, il n'y en avait plus.
Adieu, guidons et roues à rayons.

Te voilà chez le fils du forgeron !
Hélas, nul besoin de vis et de boulons,
Seulement des pinces et du charbon.

"Au-secours, je ne sers plus à rien.
Je suis vieux et en piteux état,
Je vais finir au tas de bois."
- Se désola l'ancien meuble tout de guingois !

- T'inquiète pas, répondit Lucien,
- Je vais en parler à mon bon copain René,
Il a toujours de bonnes idées.
Il habite au bord de la mer,
- Ne crains rien, à lui tu vas lui plaire.

Ce qui fut dit, fut fait,
Ta destination morbihannaise arrivait.

Après être passé par les mains habiles
du bricoleur attitré de la maison,
Lessivé, traité, rebouté et tout ragaillardi,
Pansées les marques d'un usage sans façon !
Hop, une dernière couche de peinture
Te voici pimpant et plein d'allure.

Dans la maison d'hôtes à Erdeven,
Pour une nouvelle vie au Clos du MènAllèn,
Certes, tes tiroirs longs et étroits ne sont pas très utiles
Mais ta taille imposante occupe l'espace facile.

Sous le regard étonné des hôtes de passage,
Aux milles questions posées sur ton usage,
La maîtresse de maison les laissant d'abord deviner
Raconte ton aventure aux personnes intéressées.

De ta fin de vie au siècle dernier tu étais bon à jeter,
Aujourd'hui tu trônes, royal, dans la salle à manger.

Objets inanimés avez-vous donc une âme qui s'attache à notre âme et la force d'aimer. Cette citation de Lamartine est-elle aussi la vôtre ? Vous aussi, vous aimez les meubles et objets qui ont une âme ?

Au Clos du MènAllèn, la plupart du mobilier était en triste état ou devenu complètement désuet. Des armoires ; des buffets des années comme ont dit "après-guerre" ; des bois de lits, ceux qu'on appelait : "lits coin" (la forme rustique et paysanne, brut de bois, surtout dans le Morbihan), avec peu ou pas de "fioritures". Ils n'étaient pas sans rappeler l'inspiration des lits dit : à la polonaise. Tous en bois massif issus de nos forêts bretonnes : chêne, châtaigner, hêtre, pin... Mais que faire de tout ça ???

Il faut dire que "Dans l'temps" comme disaient les générations d'avant, la partie habitation de la maison était souvent constituée d'une seule pièce à vivre. Ce n'est pas si loin de nous : au 19ème jusque la 1ère moitié du 20ème siècle, la grande majorité de la population campagnarde et rurale vivait bien loin de la splendeur des chateaux et des maisons cossues. Un monde où chez les "petites gens" on comptait les draps (même usés) et les petites cuillères en héritage. Dans nos maisons bretonnes, on trouvait : la cheminée avec à côté les ustensiles accrochés ou posés sur des étagères, un garde-manger. Adossés aux murs : le ou les lits, une armoire pour ranger les rares vêtements. Au centre de la pièce : la grande table pour prendre les repas assis sur des bancs. Un confort de vie rudimentaire, au détriment de tout le reste de la maison qui était consacré au travail.

Cela me faisait mal au coeur de voir ces meubles anciens laissés de côté, oubliés, qui risquaient le sort peu enviable du "tas de bois".  Ils méritaient une nouvelle vie. Comme tout français qui se respecte, perdu pour perdu, je les ai imaginé autrement. J'ai appliqué le "Système D" (D comme débrouille) ! Pour faire plus actuel, je dirais un Diy (Do it yourself). Résultat : comme le meuble à tiroirs, ils ont été nettoyés, traités, réparés, relookés par la couleur pour enfin retrouvés leur place dans la demeure familiale. Certains ont gardés la fonction de ce pourquoi ils avaient été fabriqués. 

Et il y a les autres : les transformés :

Un porte-canne unique :

Ci-dessous, vous pouvez voir le porte-cannes du maître de maison. C'est une création pure. Il file joyeusement dans le couloir du rez-de-chaussée. Si chaque canne raconte une histoire, un voyage, la desserte qui les présente a aussi la sienne. Le parement sculpté provient justement de la barre d'un "lit coin" comme j'explique plus haut. Aux extrémités, les entredeux qui se trouvent entre le plateau du haut et celui du bas sont, en fait, des entredeux de buffets des années 40. Noblesse du bois oblige : le châtaigner chante en Bretagne.

Un autre exemple de transformation :

Un miroir :

Miroir diy Miroir relook
AVANT APRES

Quand vous empruntez l'escalier de l'entrée côté jardin, vous le voyez en haut des marches. J'ai fait la reconversion d'une porte d'armoire cette fois. Méconnaissable n'est-ce pas ? Vous qui devinez : oui, c'est la porte centrale ! J'ai inversé le panneau pour lui donner un petit côté "trumeau". Pour moi, rien que le miroir biseauté méritait un autre regard. J'ai repeint le bois sombre, décoré le panneau plein de coquillages trouvés sur la plage de Kerhilio (à 3 kms de la maison), rajouté un écriteau-message pour compléter et hop le tour est joué.

Ainsi, si vous séjournez dans l'une ou l'autre des chambres au Clos du MènAllèn, sauf, quelques armoires et buffets toujours aussi beaux "dans leur jus" malgré le temps qui passe, vous découvrirez les meubles liftés ou transformés continuant l'histoire de la maison. Chose étonnante, si vous passez la main  dessus pour les toucher, vous sentirez encore la douceur et l'authenticité du vrai bois.

Bonne Lecture et A Bientôt,

Clotilde - votre hôtesse -