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Vacances d'Automne et Soleil Eternel

1er et 2 Novembre : Alors Toussaint ou Halloween ?

Ce qu'il y a de bien dans notre époque, c'est de voir que nous acceptons plusieurs façons d'aborder diverses traditions. Nous les voyons se côtoyer, faisant preuve de tolérance l'une envers l'autre comme

la traditionnelle "Fête de la Toussaint" et encore plus ancienne "Halloween" ! 

Depuis quelques années maintenant, à Erdeven, tout à côté du Clos du MènAllèn, le chemin des menhirs est, ces jours-ci, à la nuit tombée, envahi d'un joyeux monde de petits diables, sorcières, vampires et fantômes, tous plus horribles les uns que les autres. Halloween est devenue la fête des enfants.

Elle nous vient de bien loin dans le passé. Ce n'est pas sans nous rappeler à nous, Bretons, les contes et légendes qui peuplent notre imaginaire régional, où le diable bataille ferme avec les humains et où il se fait toujours avoir !

Pour preuve, je vous raconte en fin de ma page, ci-dessous, la légende de Stingy Jack l'irlandais !

Quant à moi, dans mes souvenirs d'enfance, c'est la fête traditionnelle chrétienne dont je me souviens : La Toussaint ! 

Je garde quelques souvenirs qui sont loin de la fête joyeuse d'halloween d'aujourd'hui ! Je commençais plutôt à penser à Noël à cette époque ! Ce que je me rappelle surtout de cette journée c'est qu'elle n'en finissait pas, elle était interminable !
Nos parents étant de fervents chrétiens, la Toussaint étaient une "fête d'obligation", nous devions tous nous rendre à l'église d'à côté. Le matin, c'était la messe, mais l'après-midi... il y avait les vêpres avec sa longue litanie des saints.
Notre mère, à cette occasion, sortait des armoires : manteaux et vêtements d'hiver. Comme c'était une personne économe, si les aînées étrennaient des vêtements neufs, le plus souvent dans mon cas, j'héritais de ceux déjà portés par celles-ci. C'était pas top, franchement. Mêmes si certains avaient passé dans les mains de la couturière attitrée de la famille (qui au passage n'en faisait qu'à sa tête en la matière, au détriment de nos demandes enfantines) !

Par contre, dans les pieds, j'avais droit à mes chaussures neuves ! Il y avait les chaussures du dimanche et les autres ! Mon Dieu, les chaussures, jamais à la bonne taille, en cuir vernis noir, avec un noeud en tissu ou une boucle en métal sur le dessus ! A ce moment-là, j'aurais préféré porter celles de tous les jours qui étaient moins jolies mais plus confortables pour la saison.

Parce qu'il faut dire aussi, qu'à cette époque, l'église n'était pas chauffée. La froidure de l'hiver s'installait au fur et à mesure que les jours raccourcissaient. Rajouter à cela, les curés de la vieille école, qui, vu de nos regards d'enfants, nous interdisaient de bouger à part se mettre debout, à genoux ou assis seulement quand il le fallait ! Pendant ce temps... nos petits pieds gelaient...

Quand enfin on pouvait faire quelques pas, c'était pour se rendre en procession au cimetière où là encore il y avait des prières. Puis chacun allait se recueillir sur les tombes familiales qui étaient bien plus modestes et bien moins fleuries que maintenant. Quatres pierres rectangulaires taillées en carré avec au centre : du sable, surmontées d'une croix en pierre taillée. La crémation n'existait pas dans nos campagnes. Imaginez, le centre bourg d'Erdeven, (ceux qui ont déjà séjourné au Clos du MènAllèn s'en rendent compte puisque la maison est à 200 mètres de l'église et du cimetière), il n'est qu'à 4 kilomètres de la mer. Pour vous dire que parfois, le vent ou la pluie nous glaçait sur place. 

Les années ont passé, la Toussaint reste malgré tout une fête ancrée dans notre tradition cultuelle.

La Toussaint : le 1er novembre.


Ce n'est pas une fête tirée des textes bibliques comme le sont les grandes fêtes religieuses : Noël et Pâques par exemple.

C'est Charlemagne, le "Père de l'Europe" à la demande de l'église qui a fixé la date du 1er novembre en l'honneur de tous les martyrs.

Les moines irlandais, fuyant les Angles, se réfugièrent en Gaule, où ils commencèrent l'évangélisation. La présence gallo-romaine, a faciliter l'institution de cette fête chrétienne que l'on a appelé la Toussaint : "Fête de tous les Saints". 

Elle est devenue aussi celle de la multitude de personnes : des saints, ceux dont le nom paraît encore sur quelques calendriers, ceux qui sont oubliés et ceux qui mériteraient d'être saints mais qui ne sont pas reconnus. Des hommes et des femmes qui a un moment de leur vie ont été touché comme par une grâce divine, quelque soit la langue, la race, le pays... Mais que seul Dieu connaît.

En Bretagne, ces 2 jours sont encore des moments marquants de la mémoire populaire.

Les vivants honorent leurs morts en se rendant dans les cimetières où les familles fleurissent les tombes de leurs défunts, la plupart du temps : des chrysanthèmes, la fleur de saison. Parce qu'elle fleurit à cette période et résiste aux températures automnales. Les cimetières ont aussi un espace "colombarium" où les familles peuvent déposer une urne funéraire contenant les cendres de leur défunt. "Un jardin du souvenir" où il y a un réceptacle constitué d'un lit de galets ou d'une stèle verticale qui permet l'écoulement des cendres des défunts vers un puits commun.

Il faut avouer que de nos jours, pour certaines personnes, c'est la seule et unique fois de l'année et encore, qu'elles rencontreront les autres membres de la famille ou les amis des personnes disparues !

Et ailleurs chez nos voisins européens et même plus loin ? Comment est-ce ?

En Scandinavie,
-En Suède : c'est un jour de tradition et de recueillement. Comme chez nous en France, ils déposent des fleurs et allument un cierge sur les tombes de leurs chers disparus.
-Au Danemark, on l'appel "Allehelgersdag", mais fêté le 1er dimanche de novembre.

Plus au sud,

-En Sicile, ce sont les "défunts" qui offrent aux enfants de leur famille des bonbons, pendant que les adultes descendent dans les catacombes pour prier leurs morts.

Dans nos îles lointaines et exotiques,

-Les Antilles, ce sont des veillées funèbres avec des bougies blanches et rouges allumées sur les tombes.
Sur le continent américain ?

-Au Mexique, par exemple ?
Savez-vous que les civilisations anciennes fêtaient les 2 jours ? Le 1er pour les enfants et le 2ème pour les adultes ?

C'est toujours une fête importante et joyeuse. Ils n'ont pas dans leur culture le côté douleur de la mort que nous avons en occident. Ils ne craignent pas la mort et se moquent d'elle.

Dans les maisons, ils font une jolie table ou un autel avec des objets ayant appartenu aux défunts ainsi que des offrandes de nourriture. Ils ont gardé les rituels anciens des civilisations aztèques en les mêlant aux traditions chrétiennes. Ils se retrouvent ensuite autour des tombes pour partager le repas préparé pour leurs morts, éclairés par les bougies. 

La fête des morts : le 2 novembre, 

L'occasion de se rappeler ceux qui ne sont plus de ce monde et qui nous sont chers, de les faire revivre un peu dans nos coeurs et nos pensées affectueuses.

-Pour les chrétiens de tradition catholique : c'est vraiment ce jour-là que les défunts sont fêtés. 

-Chez les orthodoxes, il n'y a pas de fête des morts, comme les catholiques le dimanche, chez eux c'est à l'office du samedi qu'ils prient à l'intention de leurs morts. Les saints sont honorés à la Pentecôte.

-Quant aux protestants, ils ne prient pas spécialement pour leurs morts, ni leurs saints. Ils maintiennent l'entretien de leurs tombes ce jour-là.

Seul le 1er novembre est un jour férié en Europe :

-France, Belgique, Pologne, Italie, Espagne...-

sauf dans les pays où sont pratiqués majoritairement : le protestantisme : -Allemagne, Suisse, Danemark... -

et l'orthodoxie : Grèce, Russie...

Halloween :

Dans la tradition celtique, la fête du "samhain", renommée Halloween, contraction de "Hallows-even" qui veut dire "veille de toussaint", marque la nouvelle année et le début de l'hiver, la nuit du 31 octobre au 1er novembre, est un moment particulier de communication entre les morts et les vivants. Où la porte ouverte de l'autre monde permettait aux esprits des morts de revenir dans leur maison terrestre et permettre aux morts de l'année de passer à l'autre vie.
L'arbre symbole de cet évènement est l'if. On trouve encore cet arbre dans certains cimetières.

Présente et célébrée depuis plus de 25 siècles chez les celtes, ce sont les irlandais immigrés aux Etats-Unis, vers le 17ème siècle qui emportèrent avec eux cette fête celtique, folklorique et transformée en une fête pour les enfants à la fin du 19ème siècle.

Ceux-ci déguisés et grimés en petits monstres, les plus affreux qu'ils puissent trouver vont de maison en maison quémander quelques friandises.

Mais pourquoi choisir ce style de déguisement et se déguiser en affreux ?

Les âmes errantes étant de sortie, il faut soit les apaiser, soit les repousser ! Et pour se protéger des esprits mauvais, qui n'ont toujours pas bonne presse auprès des vivants, il fallait leur faire peur avec une apparence aussi repoussante qu'eux.
Cet évènement automnal s'inspirant de ce que l'on trouve dans la nature, le potager nous fournit :

les citrouilles et les navets !

C'est suite à l'aventure de Jack O'Lantern que ces courges ont été transformées en lanternes et sont devenus le symbole des âmes cherchant le repos.

Je vous raconte ci-dessous la légende de cet affreux bonhomme, obligé d'errer sur la terre parce que ni Dieu, ni le diable ne voulait de lui. Pour lui permettre de retrouver son chemin, les gens des alentours, creusaient des citrouilles et mettaient des bougies pour éclairer son chemin pour qu'il ne tente pas de rentrer dans leurs maisons.

Qui sont ces affreux personnages ?

-Les fantômes évoquent les revenants.

-Les sorcières, avec leur balai, pour ensorceler les naïfs.

-Les squelettes pour rappeler les ossements des saints que l'on gardait dans des reliquaires.

-Le diable, bien sûr, venant séduire les vivants pour qu'ils l'adorent.

Allez, je ne vous fais pas plus attendre.

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Voici l'histoire de Jack O'Lantern :

Il était une fois, il y a bien longtemps, dans un pays entouré par la mer, un homme affreux, qui se saoûlait dans tous les bars de la région et vivait comme un ivrogne.

Sa malice, son avarice et sa jalousie empoisonnait la vie de tout son entourage. Cruel avec ses proches auxquels il faisait mille misères, tout était prétexte à la méchanceté.

A tel point que le diable en entendit parler. A l'écoute des méfaits de Jack, il se dit :

-Voilà un bougre encore plus mauvais que moi. C'est le meilleur client de l'année !

Le diable descendit sur terre et appela Jack qui titubait, encore plus ivre que d'habitude, errant dans les chemins creux d'Irlande.

-Hello Jack. Ta cruauté a ouvert les portes de l'enfer pour l'éternité et je viens te chercher. Le moment est venu de quitter ce monde.

Jack, toujours aussi retord malgré l'alcool, dit au diable :

-Ok, je te suis, mais avant j'aimerais bien boire une dernière bière au café du coin.

Le diable réfléchit et il se dit qu'il pouvait accepter sa dernière volonté, ne voyant pas en quoi cela allait gêner le temps, puisque l'éternité était devant lui. 

-D'accord, allons-y, mais je t'ai à l'oeil lui répondit le diable.

Ils entrèrent dans le bar et Jack commanda à Patrick, le barman :

-Oh là, Patrick, mets-moi une bière et dis-moi combien je te dois.

Le serveur en lui posant son verre sur le comptoir lui dit :

-ça fera 6 pences.

Jack fouille dans sa poche mais ne trouve pas les 6 pences (l'avare !)

Le diable voyant l'affreux Jack chercher sa monnaie, s'impatiente. Il décide de se transformer en pièce de 6 pences (ben oui, c'est le diable quand même, il a le don de se changer comme il le veut).

A ce moment-là, Jack saisit la pièce mais au lieu de la donner à Patrick le barman, il l'a met dans sa poche. 

-Et hop là ! qu'est-ce qui se passe ? se dit le diable.
Voilà que celui-ci se retrouve en menue monnaie à côté d'une petite croix en argent que Jack gardait toujours dans sa veste, au fond de sa poche ! Et cette petite croix paralyse immédiatement tout ce qui est maléfique !

Jack, plus diable que le diable, propose alors :

-Je te rends ta liberté mais tu me laisses encore vivre 10 ans.
N'ayant pas d'autre choix, le diable accepte et s'en retourne en enfer en vociférant après Jack.

Les années passent et ce qui devait arrivé, arriva.

Le diable n'oubliant pas la promesse, redescend sur terre pour chercher Jack.

Celui-ci comprend qu'il ne pourra pas cette fois lui échapper. Il accepte de le suivre et commence le long chemin.

Mais Jack, en passant devant un verger, tout-à-coup, a faim. Il s'arrête et dit au diable :

-J'ai faim, est-ce que je pourrais au moins manger une pomme ?

Se méfiant de l'énergumène, le diable décide d'aller lui-même cueillir la pomme. Ce sera plus sûr. 

Et voilà notre beau diable grimpant dans le pommier. A ce moment-là, Jack, toujours aussi rusé, entoure le tronc de l'arbre de plein de petites croix.

Le diable ne peut plus descendre. Il se rend compte alors qu'il s'est fait une nouvelle fois piéger par plus malin que lui.

-Libère-moi tout de suite, hurle-t-il à Jack.

-Non, pas avant que tu me promettes de me laisser tranquille à jamais, lui répond notre roublard de Jack.

Le diable, en facheûse posture, ne peut faire qu'accepter.

Délié de ces promesses, Jack continua alors de vivre sur terre, en faisant des mauvais tours à ses proches, insultant, crachant sur tout son entourage. Affreux quoi !

Mais, personne n'est éternel sur cette terre et Jack à son tour rend l'âme.

Toujours sûr de lui, il se rend au paradis.

-Toc-toc, c'est moi Jack.
La porte s'ouvre et Saint-Pierre apparaît.
-Ah Jack, passe ton chemin, tu ne peux pas rentrer ici. Tu as mené une vie de mécréant sur terre en rendant malheureux ton prochain et en menant une vie infâme. Et Saint-Pierre referme la porte en le laissant en dehors !

Bon, ne se décourageant pas, Jack décide d'aller voir à côté.

Il se rend alors devant les portes de l'enfer.

-Toc-toc, c'est moi Jack.

La porte s'ouvre et le diable apparaît.

-Ah Jack, tu ne rentreras pas... Rappelle-toi la promesse que je t'ai fait sur terre...

-Ben oui, mais je fais quoi, je vais où maintenant ?

-Retourne d'où tu viens, lui répond le diable en lui claquant la porte au nez.

Et c'est ainsi que Jack retourna sur les chemins d'Irlande. Des chemins sombres et effrayants, pas de lumière pour voir à trois pas. Il demande au diable :

-Tu pourrais pas m'aider un peu ?

Alors, le diable saisit des braises de l'enfer qu'il dépose dans des navets et des citrouilles pour que Jack s'en serve de torche.

C'est pour ça que, depuis cette nuit-là, Stingy Jack dit Jack O'Lantern erre dans les landes d'Irlande comme une âme en peine entre le monde des vivants et des morts.

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Halloween et La Toussaint ne serait pas complet si je ne vous proposais pas la lecture d'un joli texte de Paul-Alexis Robic, poète et écrivain breton 1907-1973 (morbihannais de surcroît).

Il nous dit d'une manière poétique sa vision de ce passage "sur l'autre rive".


"Un soir, j'irai dormir. Bonsoir !
Bonsoir, vous que j'ai tant aimés,
Et puis bientôt bonjour, peut-être,
Premier regard à la fenêtre
Dans l'aube étonnée de paraître
Sur un monde ni vieux ni noir.

Bonjour comme un chant d'alouette
Fusant dans l'air vif et léger,
Tous mes vrais amis retrouvés,
Mes amis d'enfant, de poète,
Mains vers moi tendues, l'âme en fête,
Et vivants pour l'éternité...
 
Ce qu'on fut sur cette planète
Petits Sisyphes, gros rochers,
Lents jours gris et pauvres défaites,
Cette longue si longue quête,
D'impossibles félicités,
Un sourire et c'est oublié !
 
Un sourire et la vie commence,
La vraie vie, l'aube sans fin levée.
Le printemps sans fin de l'enfance,
Et ces cloches claires qui chantent
Eperdues : Vacances, Vacances !
Et soleil à perpétuité !"

...Alors, surprenons-nous à rêver de vacances et de soleil...Cela fait du bien au coeur et à l'âme.

A bientôt,

Clotilde.