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La Chandeleur - 2 février

La chandeleur ou Fête de la Lumière

Voilà bien une fête glissée dans notre calendrier romain qui n'a pas la renommée de celles auxquelles on est habitué. Moins commerciale sans doute, elle reste plus intime parce que partagée en famille, entre amis, même seul(e), elle a tout le charme de la simplicité. Symbolisée, de nos jours, autour d'un repas de crêpes que l'on mange, comme ça, à la bonne franquette. Avant de vous donner la recette des délicieuses

crêpes que je prépare pour mes hôtes, parlons-en de ce rite ancien

40 jours après Noël, quelque soit les croyances, depuis les celtes en passant par les romains, ce point d'orgue est marqué dans le rythme des saisons.

La chandeleur trouve sa base dans "la fête de la lumière". Cette dernière est commune à beaucoup de religions. C'est l'image de tout ce qui vient de Dieu. Tout ce qui éclaire la vie spirituelle de l'être humain. En opposition à l'obscurité et les ténèbres caractérisées par la saison d'hiver où les nuits sont les plus longues.

Dans les églises, ce jour-là, au cours de la cérémonie, la bougie que chaque participant amène avec lui, est bénie par le prêtre et emportée chez soi pour apporter des bonnes ondes, protéger la maison et ses habitants contre les esprits mauvais durant l'annéeSelon la tradition cultuelle chrétienne, cela signifie conformément à la loi de Moïse, la "purification de Marie" la mère de Jésus -fils de Dieu-. et la présentation du nouveau-né au temple devant le vieux Siméon.

C'est au cours des leçons d'instruction religieuse, autrement dit le "cathéchisme" que l'on apprenait tout ça. Je me souviens, quand les institutrices distribuaient, comme des bons points, les jolies petites images représentant ces personnages. On les gardait comme des trésors, des collections. 

On fait sauter les crepes au clos du menallen

Dans l'ancien temps : 

Ces quarante jours jusqu'à la chandeleur permettaient de se situer dans le calendrier hivernal. Cela  signifiait que la fin de l'hiver était proche. C'était le moment de vérifier les provisions de nourriture qui restaient au garde-manger pour aller jusqu'à la saison nouvelle. La plupart du temps, les réserves avaient bien diminuées. Rappelez-vous, "la vieille semaine". Il fallait désormais faire attention.

Les bretons connaissaient le blé noir depuis le règne d'Anne-de-Bretagne. La culture du sarrasin, cette graminée peu exigeante, pousse dans les terrains difficiles à exploiter pour autre chose. Elle a évité la famine à beaucoup de familles. On s'en servait pour faire du pain, des bouillies et des crêpes.

Oui, les galettes de sarrasin, c'était le plat du pauvre, par excellence : de la farine, de l'eau et un peu de sel ! Parfois on rajoutait du beurre, un oeuf mais souvent servies sèches que l'on trempait dans le lait ribot.

C'est quoi ça, me direz-vous ? C'est un lait issu de la séparation de la crème. Le lait est battu dans ce qu'on appelle une barrate = ribotte en breton. Juste après la chantilly, la crème se transforme ; d'un côté : le beurre, de l'autre côté : le lait ribot, un produit naturel, au goût un peu aigrelet, pauvre en matière grasse, très digeste.

Consommé en Bretagne tel que, et connu pour être rafraîchissant. Dans d'autres régions, on l'appelle petit-lait, babeurre ou lait de beurre (buttermilk en anglais).

J'ai entendu ma mère raconter que lorsqu'elle était enfant -ça remonte 1ère moitié du 20ème siècle- bon...vous allez dire... Elle voyait arriver de temps en temps, dans la maison familiale, une personne qui leur préparait un repas de crêpes. Cette activité était le plus souvent exercée par des femmes ; des femmes seules souvent veuves, avec des enfants à charge, ou un mari malade.

Elles trouvaient là de quoi subsister. Elles allaient de maison en maison pour proposer leur service, portant sur l'épaule, dans un sac de toile de chanvre ou de coton, les ustensiles : rozell, spatule, plat et jatte. Le pot en terre où elle préparait la pâte posé sur la tête, un peu à la manière des africaines.

La vie était très rude dans les campagnes à cette époque, encore plus pour les personnes seules. Ce n'était pas toujours la vie idyllique que l'on veut faire croire aujourd'hui. Loin du confort, que dis-je : du nécessaire ! Bien loin de tous les équipements modernes de nos maisons, bien loin du bien-être social que l'on a développé depuis. Quand notre mère nous racontait son enfance, (pourtant protégée par des parents, sévères mais aimants), le ton de sa voix devenait sérieux et grave. On devinait alors toute l'évolution de notre mode de vie.

Mais, revenons à nos crêpes, la crêpière étalait la pâte à l'aide d'un petit outil en bois de hêtre que l'on appelle "rozell" - mot breton signifiant raclette en français-, sur une plaque en métal fabriquée par le forgeron du village. On l'utilise encore de nos jours. Si maintenant, la plaque repose sur un système au gaz ou électrique, à l'époque, celle-ci était posée sur un trépied dans la cheminée où la braise rougeoyante maintenait une température adéquate en même temps qu'elle réchauffait la pièce à vivre.

Aujourd'hui : 

Le 2 févrierpour certains, les us et les coutumes n'ont pas changé. On allume les bougies et zou, direction la cuisine pour faire des crêpes. Si le sarrasin est souvent remplacé par le froment : plus facile à travailler et à étaler dans la poêle. Rien n'empêche pour autant d'en faire avec le blé noir si on préfère, d'autant plus que celui-ci n'est pas une céréale, donc digeste pour les personnes allergiques au gluten.

Il y a une coutume qui persiste encore : il ne faut surtout pas oublier lorsque l'on fait sauter la 1ère crêpe, d'avoir en même temps, dans une main, une pièce de monnaie. Si on réussit à retourner la crêpe parfaitement, on est assuré de bonheur et de prospérité pour l'année.

Au Clos du MènAllèn,

Difficile sur une galettoire ("bilig") de faire ce geste, mais ça ne m'empêche pas d'en faire régulièrement pour mes hôtes. Je les prépare la veille au soir pour le lendemain matin -j'vous dis pas comment ça sent bon dans la maison-.

Là, au petit-déjeuner, mes hôtes peuvent se régaler en les dégustant soit nature, soit tartinées de confitures maison ; de beurre salé ; de sucre...

La meilleure façon de les apprécier pour ce repas matinal ?

Pas besoin de fourchette ni de couteau, il suffit de les rouler, de les prendre avec ses doigts pour les manger direct ou de les tremper dans le bol de café, ou de thé ou de chocolat avant de les savourer.

Crepes au petitdejeuner au closdumenallen

Oui, mais venons-en au fait qui vous intéresse : je sais, vous attendez ma recette de crêpes.

Voici les ingrédients de base :

  • 250 grammes de farine de froment,
  • 100 grammes de sucre en poudre,
  • 1 sachet de sucre vanillé,
  • 1 légère pointe de sel fin,
  • 2 oeufs,
  • 1/2 litre de lait (demi-écrémé ou entier comme vous voulez)

Mettez la farine dans un récipient, rajouter le sucre, le sucre vanillé, le sel, mélangez et faites un creux. Mettez les oeufs et touillez bien. Rajoutez le lait petit à petit. C'est prêt.

Vous pouvez mettre un peu plus de vanille, ou de la fleur d'oranger, un tout petit peu de rhum. Vous mettrez l'un ou l'autre selon votre goût. Chauffer la poêle avec un peu de beurre, prenez une louche de pâte et étalez celle-ci.

Laisser cuire d'un côté et retournez la crêpe soit en la faisant sauter (chandeleur oblige) ou en vous aidant d'une spatule en bois.

Vous pouvez les gardez chaudes en mettant le plat au-dessus d'une casserole d'eau bouillante.

Allez à votre tour !!!

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Pourquoi ne pas tenter de les faire, vous-même, sur une galettoire (bilig en breton) ?

On trouve maintenant dans le commerce des galettoires électriques, avec un revêtement anti-adhésif et tout le petit équipement qui va avec. Vérifiez la puissance pour avoir quelque chose de fiable. Essayez ! Sûr, au début, vous ferez des "gros pâtés" parce qu'il faut prendre un tour de main pour étaler la pâte, mais au fur et à mesure vous y arriverez.

Si vraiment ce n'est pas possible, il vous reste les crêperies ou l'on prend autant de plaisir à déguster des crêpes et galettes. Il y en a près de la maison d'hôtes :

  • Les ganivelles ;
  • La galetière ;
  • La crêperie de la Fontaine.

Laissez votre voiture et allez à pied. + Les jours de marché : vous pourrez emporter, pour les manger plus tard chez vous, autant de douzaines que vous souhaitez : tous les matins des samedis et jeudis ; lesd lundis soir en saison avec :

  • La valse des crêpes.

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Voulez-vous que je vous raconte une petite anecdote ?

Cela remonte à mon enfance.

C'est l'histoire d'une de mes voisines, qui, le jour de la chandeleur, décida de faire des crêpes. Comme chez les voisins d'ailleurs, ça sentait bon la même odeur dans toutes les cuisines du quartier. Tout le monde se connaissait dans le petit bourg d'Erdeven, et personne ne dérogeait à la tradition. Seulement, elle, dans l'entourage on la savait "pas particulièrement douée".

"Un soir après l'école, j'avais fini mes devoirs, ma mère m'autorisa à aller lui dire bonjour.

-Toc, toc, bonjour Lisette, est-ce que je peux entrer ?

-Oui, entre.

Sur le pas de sa maison, son chien "Mirza" m'accueille joyeusement en rentrant avec moi dans la cuisine.

Elle est devant le fourneau, très affairée, tenant une poêle déjà chaude dans une main, dans l'autre : la louche de pâte à crêpe. Tandis qu'elle verse la pâte et que celle-ci s'étale dans la poêle, commençant déjà la cuisson, il lui revient à l'esprit : 

-Zut, zut, zut, j'ai oublié de mettre du beurre avant la pâte -dit-elle ! (chez nous, en Bretagne, la matière grasse, c'est le beurre -salé bien sûr-) Mais oublier le beurre ! ça laissait présager la suite : la pâte allait coller dans le fond de la poêle.

 -Ouh la la, du haut de mes trois pommes, je me suis dit "Waouah Lisette, ça commence bien".

Il faut rappeler qu'à cette époque, les ustensiles de cuisine n'étaient pas ceux que l'on connaît aujourd'hui. Les poêles n'avaient pas de revêtement anti-adhésif comme elles ont maintenant. Il n'y avait pas de hotte éléctrique au-dessus de la gazinière non plus, on ouvrait les fenêtres tout simplement.

Ce qui devait arriver... arriva : la crêpe continua de cuire, resta collée et brûla.

La voilà bien, ma voisine ! Il lui fallut gratter, gratter, enlevant la crêpe petits morceaux par petits morceaux.

Allez, avouez, ne me dites pas que ça ne vous est jamais arrivé. On connaît tous ça à un moment donné. Pour l'instant, c'est "Mirza" qui profite de ces petits morceaux brûlés.

A la deuxième crêpe, elle met du beurre, certes, mais la poêle n'est vraiment pas adaptée. Pour retourner la crêpe qui semble cette fois un peu bouger, elle a dû s'y reprendre à plusieurs fois pour la faire sauter :

  • 1 fois... 2 fois, toujours pareil ! Impossible, il y avait toujours un endroit qui restait collé qui empêchait le retournement.
  • La 3ème fois, ah, cette fois, elle décolla. Mais... le geste étant beaucoup plus fort, dans l'élan, la crêpe s'envola et ne revint pas dans la poêle. Elle avait disparue !

-Oh nooon !!! Je vois encore Lisette me regardant toute perplexe et cherchant la crêpe.

-Où est-elle allée ? Elle n'est pas tombée au sol, le chien se serait précipité pour la manger. Puis, dans un même mouvement, levant la tête toutes les deux, qu'est-ce qu'on voit ? La crêpe !!! elle était collée au plafond ! 

-Mince alors. Mais alors autre question : comment faire pour la récupérer ? Monter sur une chaise, trop petite ! Un escabeau : encore faut-il en avoir un.

Elle était bien ennuyée la voisine ! Occupée à chercher une façon de la récupérer, quand, tout-à-coup...

-Hey, Lisette, regarde, lui dis-je, en montrant du doigt la crêpe en train de se décoller !

Avec une vitesse caractéristique dans ces moments-là, quasi impossible à rattraper, aïe ya yaïe, la crêpe tomba... 

-Elle tomba où cette crêpe, à votre avis ?

Eh bien, croyez-moi si vous voulez mais elle a atterri pil poil... sur la tête de son chien !!!

La scène était trop drôle : Lisette, Mirza... Le premier étonnement passé, j'avoue qu'elle m'a fait rire aux éclats.

Vexée et dépitée, la voisine renonça ce soir-là à faire sauter les crêpes. Par contre, le chien de la maison, lui, fut le seul à fêter la chandeleur."

Je ne me rappelle pas si Lisette accumula les échecs et les revers de fortune cette année-là, mais sa maladresse à cuisiner n'encouragea personne à se faire inviter chez elle.

Je vous souhaite une bonne chandeleur et à bientôt. 

Clotilde - votre hôtesse.