Patrimoine breton

La Vieille Semaine : 26 au 31 Décembre

Au fil des saisons : Histoire Hivernale

Les saisons se suivent et ne se ressemblent pas. Au creux de cette ultime semaine de l'année, j'ai envie de vous parler d'un autre sujet de circonstance puisque nous y sommes. Pourquoi dit-on ?

"la vieille semaine". Pour quelles raisons ?

J'ai trouvé 2 explications à ce sujet :

C'était une coutume hivernale dans nos campagnes bretonnes que d'appeler ainsi la dernière semaine de l'année !

La 1ère Explication : Le Travail

           - Il y a 1 ou 2 siècles, peut-être plus, que ce soit dans le Morbihan ou un autre département de la Bretagne, il fallait beaucoup de main-d'oeuvre pour accomplir le travail qui était essentiellement lié à la terre et aux animaux. Rien que dans le petit bourg d'Erdeven, commune littorale, au début du siècle dernier, on en dénombrait pas moins de six fermes. Vous situez le Clos du Mèn-Allèn ? Il y en avait, devant, sur les côtés, derrière. Un monde rural qui vivait pour la plupart de l'exploitation agricole quand il n'était pas marin. Ici, la maison vivait aussi au rythme des saisons puisqu'elle est un ancien corps de ferme*. Des documents notariés attestent de son existence bien avant 1850. Tout était rassemblé au même endroit : l'habitation, les étables, les réserves et greniers, les préaux pour le matériel. 
          - Pendant cette époque maintenant révolue (ceux et celles qui connaissent mon village aujourd'hui ont certainement un peu de mal à l'imaginer), les ouvriers et les employés étaient embauchés du 1er janvier au 24 Décembre. Leur "contrat" se terminait le jour du 24 Décembre à midi.
           - Bien qu'ils aient le gîte et le couvert, les repas étaient souvent constitués d'une soupe. Pour la manger, ils prenaient leur seule et unique cuillère en bois, qui pendant l'année, était accrochée ou rangée dans un tiroir de la cuisine de leur employeur.

A la fin de ce repas décisif, les employés la raccrochaient ou rangeaient leur cuillère à la même place, soit ils la gardaient avec eux.


       - Selon leur choix, cela signifiait pour leur patron soit ils acceptaient de travailler la prochaine année chez lui ; soit ils quittaient leur emploi pour aller chercher un autre ailleurs.
         - Il leur restait ainsi "la vieille semaine" où ils allaient, à pied, de villages en villages, de maisons en fermes avec leur cuillère de bois, dans leur poche, pour goûter la soupe dans les autres fermes. Pour un peu qu'elle était meilleure, ils choisissaient leur nouveau travail !
Il va sans dire que les patrons s'arrangeaient pour faire bonne chère pendant cette période, surtout quand ils voulaient garder certains de leurs ouvriers ! Vous vous doutez bien que le reste de l'année n'était pas forcément égal !

           - Ces gestes avaient le poids des mots. On ne connaissait ni contrat écrit, ni cdd, ni cdi, ni paperasse !

La 2ème explication : Le Temps

       - "On dit" selon un vieil adage local que la dernière semaine donne le temps qu'il fera l'année suivante. Le 26 au matin : le mois de janvier, l'après-midi : le mois de février, le 27 le matin celui du mois de mars et l'après-midi celui du mois d'avril et ainsi de suite jusqu'au mois de décembre.

          - J'ai quand même des doutes sur cette 2ème explication ! Dans votre région ou votre pays, est-ce que vous connaissez cette méthode ou bien en avez-vous entendu parler ? Pourquoi vous ne profiteriez pas de le vérifier de votre côté ?
Vous m'en direz des nouvelles si vous venez séjourner dans ma maison d'hôtes aux prochaines vacances...

          - Quant à la 1ère explication était-elle aussi en vigueur chez vous ?

Par contre, j'ai entendu ma mère me dire une 3ème qui relevait plus de son imagination. Et bien que l'on pouvait constater le contraire certaines années, elle s'y tenait malgré tout. Peut-être vous la raconterais-je !

Bonne semaine et bonne fin d'année,

Clotilde - votre hôtesse.

2 photos sont extraites du livre de Lucien Pouëdras : "La Mémoire des champs" aux éditions Chasse-Marée/Armen 

*Autres us et coutumes.