Patrimoine breton

Enfin un sujet sérieux : les korrigans !!!

Petits conseils d'actualité à suivre au cas où...

"Un petit vent virevolte entre les dunes, le soleil d'été se retire lentement à l'horizon, la mer délaisse le granit pour tenter de le suivre, la côte bretonne salue son public.

Trônant en reine parmi sa cour d'étoiles, la lune m'annonce qu'elle a pris ses quartiers et me demande de quitter la plage. J'enfile mes sandales, du sable encore niché entre mes orteils et d'un pas lent, j'entame à pied mon retour vers la maison au coeur du village.

Jusqu'à présent, je n'avais jamais emprunté de nuit ce chemin de randonnée, celui de l'océan, qui va du bourg vers la plage.

Pas un chat ! 
Une obscurité inquiétante, mon coeur s'accélère, mon pas aussi. Je suis presque arrivée, impatiente, je décide de couper par Kerzerho... Me voilà à présent parmi les menhirs. 

Le clocher d' Erdeven parvient à mon oreille d'un tintement argentin, je compte les coups... dix, onze,douze... déjà ! c'est minuit.

Soudain,

j'aperçois des ombres serpentant autour des menhirs et dans un sifflement, se tordent, bondissent, se débattent... En vérité, elles chantent et dansent.

Ce n'est pas une très bonne idée de choisir ce qui me semblait être un raccourci... La terreur me coupe le souffle, mes battements de coeur et surtout mes jambes. C'est alors que des êtres noirs m'encerclent, pas plus haut qu'une roue de voiture, une tête difforme, des yeux rouges, une peau ridée et velue, des jambes et des bras décharnés.

Ce sont les Korrigans, ou les « petits lutins » en breton...

En venant en Bretagne, cette aventure pourrait être la vôtre... Vous avez déjà compris que les croiser dès la tombée du jour jusqu'au milieu de la nuit n'est pas un indicateur de sécurité.

 Les récits de rencontres faitent entre des Korrigans et des Hommes nous sont parvenus aujourd'hui grâce aux contes que l'on racontait il y a fort longtemps, l'automne venu, le soir, au coin du feu dans nos chaumières bretonnes. Nous savons désormais que les Korrigans ne sont pas des lutins forcément maléfiques mais ils aiment s'amuser à égarer les gens et à leur faire peur. Ils sont connus pour vivre sous terre, près des menhirs, des landes et des forêts. Ils sont installés partout en Bretagne. Paraît-il que les nombreux dolmens du Morbihan serviraient de porte d'accès vers leur royaume souterrain, plein de richesses, de bijoux, d'or et de pierres précieuses. Mais on sait aussi qu'ils aiment les bois et forêts.

 Attention ! J'ai dit « pas forcément maléfique », mais la rencontre peut être fatale. Il y a des choses à faire ou à ne pas faire.

C'est pourquoi, après avoir relu nos contes populaires, je vous propose une liste de conduites à tenir en cas de contact :

1- FUIR

C'est certainement le première idée qui traverse l'esprit. Cependant, être poursuivi par des Korrigans tout en courant en pleine nuit, c'est le meilleur moyen de rentrer dans un arbre, voir un menhir. De plus, il y a peu de chance qu'ils vous laissent cette opportunité.

Alors comment ? En les attaquant ? Je vous le déconseille fortement. Dans le conte de l'Ozegan secourable rapporté par Jean Markal publié dans les contes populaires de toute les Bretagne, l'Ozegan (autre nom du korrigan) règle le compte d'un voleur en le pendant à un arbre, en lui arrachant les ongles des pieds et des mains et s'il n'était pas mort au matin, il l'aurait « fouetté jusqu'à ce que son corps tombe en lambeaux ». Le Korrigan est un être magique, il ne faut surtout pas se fier à son apparence fragile. Ce conte nous dévoile qu'un seul d'entre eux est capable d'infliger une fin particulièrement atroce à un homme qui fait quatre fois sa taille.

En forçant le passage alors ? Qu'allez-vous leur raconter ? Surtout pas des histoires d'hommes à dormir debout comme certains personnages qui occupent beaucoup l'espace télévisuel ! Ouh la la ! Au mieux vous pourriez peut-être les endormir... au pire : les énerver...

La meilleure solution est de détourner leur attention. Une légende commune concernant les lutins à travers l'Europe consiste à mettre au sol des grains de blé, de la cendre, ou du millet, ou encore du sable. Le korrigan devra les ramasser un à un jusqu'au lever du jour, ce qu'il n'aura bien entendu, pas le temps de faire.

Donc, si vous êtes quelque part en Morbihan, pensez à garder toujours une poignée de sable, de sel ou de blé et jetez-la aux korrigans. Occupés à ramasser les grains à un par un, vous pourrez prendre la poudre d'escampette.

N'oubliez pas que s'ils sont plusieurs et même avec une bonne poignée de grains de blé, ils ne mettront pas longtemps à les ramasser, ne restez donc pas regarder ce spectacle en vous demandant pourquoi ils font ça. Fuyez !!!

2- DANSER ET CHANTER

Les korrigans sont connus pour entraîner les hommes dans leurs danses. Non, ce n'est pas la convivialité de nos fest-noz, croyez-moi ! Car c'est en fait une ronde infernale. Si vous commencez à danser avec eux, vous ne pourrez pas vous arrêter et c'est au sens propre que vous risquez de mourir de fatigue.

Dans le conte "Les Korils de Plaudren" d’Émile Souvestre, publié dans le Foyer Breton en 1844, un homme bossu se retrouve à devoir danser avec eux et compléter les paroles de leur chanson. En effet, on apprend dans une variante de ce conte "Les deux bossus" de Jules Dorsay publié dans "Contes et Légendes de Bretagne", que les Korrigans ne sont pas très forts pour formuler des chansons.

"Au clair de lune, Benoît le bossu aperçut une foule qui dansait joyeusement une ronde en chantant, sauf, qu'au refrain, ils se laissaient choir sur leur petit derrière, pour ne se relever qu'au couplet suivant ».

Les Korrigans vous proposeront de venir danser avec eux et vous devrez compléter les paroles des chansons. Je ne suis pas sûre que vous ayez le choix, mais si vous parvenez à danser et à chanter jusqu'au matin, sans mourir, ils vous récompenseront. Bref, c'est un peu et en pire comme une certaine émission de distraction que l'on voit à la télévision. Mais si ! vous en avez au moins entendu parler celle de "n'oubliez pas les paroles".

Et alors, comment s'en est sorti le héros du conte* ? Tout simplement parce que les nuits même de la fin d'été ne sont pas encore trop longues et qu'il est parvenu à tenir jusqu'aux premières lueurs du jour. À l'issue de la danse, les Korrigans lui ont offert de choisir entre la richesse et la beauté. Notre héros bossu choisira la beauté car depuis sa naissance, il était contrarié par un physique peu engageant. Les korrigans lui retirèrent ainsi sa bosse.

Par contre, si ça vous arrive à vous et que vous vous en sortez, choisissez la richesse : avec ça vous pourrez faire ce qu'il ne pouvait pas faire à l'époque : de la chirurgie esthétique.

  

3- NE PAS LES SUIVRE

On ne suit pas les inconnus, c'est valable aussi pour les adultes. Dans "Le temps oublié" publié dans les contes populaires de toutes les Bretagne, le héros rencontre un korrigan qui se propose de devenir le parrain de son nouveau-né. Une proposition qu'il accepte après la promesse du korrigan que son fils ne manquerait de rien. Puis, le Korrigan propose au héros de devenir, à son tour, le parrain d'un nouveau-né de son peuple. Pour la fête, notre héros le suit chez lui, sous terre et y passe la nuit.

Le lendemain, il remonte à la surface, reconnaît difficilement les paysages, découvre avec stupeur que sa maison est en ruine et apprend, d'un voisin, qu'elle n'est plus habitée depuis plus de 90 ans !

Si vous séjournez dans le monde des Korrigans, vous y resterez plusieurs années alors que vous croirez n'y avoir passé que quelques heures ou quelques jours.

Le temps qui régit leur monde n'est pas le même que le nôtre.

Le korrigan n'est pas hostile, il a juste une tendance à se vexer pour un rien !

Soyez quand même prudent avant d'accepter ou de refuser, très poliment une de ses offres. La proposition du Korrigan de devenir le parrain de l'enfant de notre héros a certainement contribué à le mettre en confiance pour ensuite l'attirer chez lui.

On se demande quelle peut être la motivation du Korrigan ? Peut-être parce qu'ils sont tellement nuls pour les chansons qu'ils trouvent toutes sortes de prétextes pour attirer les Hommes. Tiens donc, si ça c'est pas une aubaine pour les vendeurs d'appareils de karaoké ?

4- NE PAS SE MOQUER

Ils ne savent pas chanter, ils sont laids et ils le savent, mais, ne vous moquez pas d'eux. Dans "La noix du korrigan" relaté dans un autre conte, il eût autrefois, une princesse bretonne, pas maligne, qui se moqua de la laideur d'un korrigan. Ce dernier, lui proposa par la suite une noix, (l'automne est une saison très appréciée des Korrigans) qu'elle accepta. Elle l'a mangea et tomba enceinte.

Elle était cependant mariée et son époux était parti à la guerre depuis plusieurs mois. Vous comprenez qu'à son retour, il allait avoir du mal à croire au coup de la noix ensorcelée par un korrigan ! Néanmoins, plutôt sympathique, notre farceur pris la peine d'expliquer à l'époux, sur le chemin de son retour, pourquoi il avait fait ça.

Donc, méfiez-vous, si vous vous moquez d'eux, ils vous joueront un mauvais tour.

Si vous êtes une femme, il y aura deux options quant à l'enfant qui naîtra de ce mauvais tour. La première, l'enfant naîtra en apparence normale mais entièrement soumis à la volonté du korrigan.

Ne soyez donc pas surprise si votre enfant mange les grains de blé un à un dans son assiette. La seconde, le nouveau-né aura l'apparence d'un korrigan et là, vous vous vexerez quand vos amis vous diront qu'il vous ressemble !
Ce conseil est valable aussi pour les hommes car le korrigan peut imaginer autant de mauvais tours comme celui qu'il y avait derrière la noix : du rouge à lèvre sur le col de chemise... des mots doux glissés dans vos poches...  afin que madame les découvre, etc, etc...

5- SE MEFIER DES VIEILLES DAMES

Les korrigans aiment récompenser la charité, la générosité dont on peut avoir à leur égard. Dans "Le trésor des Korrigans" dans Contes populaires de toutes les Bretagne, un breton fit la rencontre d' une vieille femme seule. Ayant pitié de la laisser dans le froid, il l'invita chez lui, lui servit un repas.

C'est alors que la vieille femme lui révéla sa véritable identité, c'était la reine des Korrigans. Pour sa générosité, elle lui indiqua le moyen de rentrer dans une grotte secrète appartenant aux korrigans et dans laquelle se cachait des montagnes de trésors. Mais, il devait sortir de celle-ci avant l'aube.

La nuit venue, il se présenta devant la grotte avec ses sacs, la reine lui montra le chemin. Face aux richesses, il passa à un bon moment à hésiter à ce qu'il devait prendre. Pris par le temps, il se dépêcha pour remplir ses sacs mais à la sortie de la grotte, il s’aperçut que l'aube était déjà là, il décida de regarder dans ses sacs : ils étaient tous remplis de galets (et on en voit des galets sur nos côtes bretonnes).

Il n'a jamais pu retourner dans la grotte car les hommes n'y sont autorisés qu'une seule fois dans leur vie. La reine retourna voir notre maladroit breton et lui offrit en lot de consolation une assiette en terre ayant la capacité de se remplir de nourriture autant qu'il le désire.

Contes et légendes de Bretagne et sagesse populaire

Que pensez de ces histoires tantôt sérieuses, fantastiques, souvent drôles ?

Les contes permettent de constater aussi de l'extraordinaire générosité des korrigans et ce malgré le fait que le héros ne se montre pas à la hauteur. Il est courant dans les contes que les korrigans peuvent offrir des cadeaux dans l'esprit de l'assiette en terre du type corne d'abondance, un chapeau qui rend invisible, un bâton qui rosse seul ses agresseurs. Bref, un objet rare et surnaturel. 

A une autre époque où la transmission du savoir, dans les campagnes, était orale ou lorsque l'on est enfant, la morale prenait la forme de contes, d'histoires, cela permettaait d'apprendre ce que l'on avait le droit de faire ou non afin de bien vivre ensemble. Une manière de transmettre aussi, de façon détournée, la sagesse de nos ancêtres pour qu'à l'âge adulte, nous prenions les bonnes décisions.

*Après ce sujet "très sérieux", retrouvez-moi sur mon blog, je vous conte en détail la jolie histoire de Benoît le bossu du "Bois de chênes".

Merci de m'avoir lu et je vous souhaite bon courage... face aux korrigans !

Clotilde votre hôtesse.