Patrimoine breton

Petite Leçon d'Histoire-Géo ?

Les ponts dans le Pays d'Auray.

Sir Isaac Newton a dit : "Les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts". Si je prends cette citation au sens propre des mots, il faut avouer, que dans mon Pays d'Auray, il y en a eu beaucoup de ponts construits ! Il est vrai que le littoral morbihannais, allant du grand

massif dunaire Gâvres-Quiberon jusqu'au Golfe du Morbihan est particulièrement dentelé et nous, Bretons, avons toujours eu besoin de communiquer !

Pourquoi je choisis de vous parler des ponts ?

A cette période particulière de l'année où on évoque la Toussaint, la fête des morts le lendemain, selon la culture chrétienne et même plus ancienne la fête du "samhain" dans la tradition celtique (voir mon article à ce sujet*), le passage dans l'au-delà est souvent associé au passage sur une autre rive. Cet instant de la mort serait donc un pont ?

Ceux dont je vous parle aujourd'hui sont plus "géographiques". Ils ont été construits, si on fait abstraction de légendes ici ou là, pour certains à dos d'hommes, à différentes époques et ce dans un périmètre de moins 20 kms du Clos du MènAllèn.

Dans le Pays d'Auray, j'en ai dénombré 7, enfin les plus importants ! Des ponts que vous avez de grandes chances de traverser lors de vos visites à la découverte du superbe territoire dont ma maison d'hôtes en fait partie : la Baie de Quiberon la Sublime.

Voici la liste :

-Le 1er : Le Pont de Kerplouz.

Vous pouvez dire que vous êtes à 15 minutes de votre destination de séjour : vous êtes déjà dans le pays d'Auray ! Forcément vous y passez, il fait partie de la voie expresse N-165 Nantes - Quimper. Ce pont en lui-même n'est pas particulièrement beau mais il est bien pratique pour circuler rapidement vers Lorient ou Vannes. Si vous conduisez, vous ne prendrez garde, par contre, si vous êtes passager, alors là ! Regardez à droite, vous êtes au-dessus de la rivière d'Auray, tout au fond c'est Saint-Goustan ! C'est déjà un avant goût de ce que vous pourrez découvrir autour de la maison d'hôtes.

- Le 2ème : Le Pont de Saint-Goustan.

Le voici : il est dans notre histoire régionale un témoin d'une activité très très intense dans les siècles passés : il fait partie de la commune d'Auray. Pour l'histoire, cette dernière a été fondée en l'an 1069 par la réunion de la paroisse de Saint-Goustan (faisant partie à l'époque du territoire de Pluneret) et de la paroisse de Saint-Gildas (faisant partie elle du territoire de Brech). Quand vous allez visiter ce charmant port, avec ses maisons cossues et à colombages, arrêtez votre véhicule en ville et empruntez à pied, soit les rampes du Loc'h, soit la rue du château. Cette dernière a été créée en 1560. Un peu plus large que celle qui existait seule alors : la rue Philippe Vannier. Celle-ci parallèle est tout aussi à pic avec un virage pour finir : imaginez les diligences à chevaux surchargées de marchandises qui dévalaient cette petite rue étroite !

Vous voici devant ce pittoresque pont de pierres en arc, qui date du 12ème siècle. Au sol, les pavés sont toujours là et dites vous bien, que comme vous, d'illustres personnages comme Benjamin Franklin venant d'Amérique en 1776, ou encore les ambassadeurs du roi de Siam ont passé sur ce petit pont pour rejoindre Paris en voiture à cheval, où ils ont été reçu par le roi de France !

- Le 3ème : Le Pont Joseph Le Bris et Le 4ème : le Pont du Bono.

Quand vous voyez un, vous voyez l'autre. Si vous décidez d'aller visiter le Golfe du Morbihan et les jolies îles : l'île aux Moines, l'île d'Arz ou simplement faire une balade en bateau, il faut vous dirigez vers l'embarcadère de Port-Blanc à Baden. Après Auray, vous allez passer par Le Bono, petite commune littorale. Juste avant d'arriver, sur votre droite, vous allez longer le Loc'h. Remarquez au passage : avant le pont, toujours sur votre droite, se trouve "le jardin de mémoire" : un lieu entre la mer et la terre, un parc cinéraire où on peut penser que les arbres plantés là, remplacent symboliquement les ponts entre les vivants et ceux qui sont partis définitivement sur l'autre rive. Enfin, vous emprunterez le pont 'Joseph Le Bris', bien réel cette fois. Nommé ainsi en hommage au courage et à la témérité de ce célèbre aviateur, originaire de Baden, disparu en Russie, dans l'Oural, en 1931 alors qu'il tentait l'exploit de rallier Paris Tokyo en un seul vol. Ce pont a été construit en 1969.

Mais... Je préfère attirer votre attention sur l'autre, un peu plus bas : le pont suspendu, bâti en 1840. On ne l'emprunte plus guère qu'à pied. Pour y accéder, vous devrez descendre l'étroite ruelle jusqu'au joli petit port du Bono ! Il est l'un des deux plus anciens ponts de ce type en France et est inscrit à l’inventaire des monuments historiques depuis 1997.

Profitez-en pour vous promener sur les sentiers côtiers.

Ces 4 ponts passent au-dessus de la rivière d'Auray que l'on appelle aussi : Le Loc'h (prononcez Lok, le c'h se dit K en breton). La création du chemin de fer en Bretagne (encore une autre aventure), de nouvelles routes, la surcharge des taxes imposées aux bateaux, ont fait détourner l'acheminement des personnes et des marchandises du transport maritime.

Aujourd'hui, ce sont de petits bateaux de plaisance qui y accostent, pour le plus grand plaisir de ces amoureux de la mer. Pour rejoindre la pleine mer, ils naviguent sur cette belle vallée marine qui fait, au total depuis sa source environ 60 kms de long jusqu'à l'embouchure du Golfe du Morbihan au niveau de Locmariaquer.

Sans oublier que les eaux du Loc'h sont aussi captées par une station de potabilisation de l'eau qui fournit presque 1/5 d'eau potable du Morbihan. C'est dire si la qualité écologique est suivie avec un grand intérêt par nous, habitants, de ce pays d'Auray !

- Le 5ème : Le Pont de Kerisper.

Il relie la Trinité-sur-mer à Saint-Philibert (Saint-Phil pour les habitués) et Locmariaquer. Quand vous flâner sur le port de la Trinité à regarder les majestueux trimarans qui y font escale, pour se refaire beaux, dans ce port d'attache des nombreux skippers de renommée internationale, ou que vous soyez assis à la terrasse d'un café sirotant une limonade, regardez en face de vous : admirez l'impressionnant ouvrage. Ce pont datant de 1959 passe au dessus de la rivière de Crac'h où de nombreux ostréiculteurs élèvent les huîtres si réputées.

Vous aurez une vue imprenable en l'empruntant : d'un côté sur le port de plaisance et de l'autre côté sur les parcs ostréicoles qui jalonnent la rivière. Un contraste saisissant ! Avant les années 1900, il fallait emprunter le bac pour traverser. Les courants forts et la profondeur transformaient chaque passage en un véritable défi. Le 1er pont métallique construit dans l'esprit Eiffel a été démoli en 1944 par les allemands. En 2009, le second pont a subi une sérieuse réfection du fait de l'usage intensif du passage des véhicules.

- Le 6ème : Le Pont de Saint-Cado.

Seulement à 10 minutes de la chambre d'hôtes.

Aaah, le joli pont qui mène à la petite île du même nom ! Regardez : à gauche, la petite maison aux volets bleus de l'îlot Nichtaguér (construite en 1890 pour le gardien des parcs à huîtres qui jalonnent la rivière d'Etel).

Vous êtes, là, comme si l'espace temps n'existait pas ! Un paysage de carte postale !

Cette digue de 90 mètres de long est un pont en pierres comme celui de Saint-Goustan. Des archives indiquent son existence au 17ème siècle et une légende est attachée à sa création ! Si vous ne la connaissez pas, je vous la raconterai lors de votre prochain séjour dans ma maison d'hôtes ! Ce pont a récemment été rénové dans les règles de l'art grâce à l'investissement de beaucoup d'associations du pays d'Auray qui ont organisés des fêtes, des concerts afin de lever des fonds pour sa restauration, mais aussi grâce au mécénat et à des dons. Un élan de générosité des bretons, d'ici et d'ailleurs, qui ont permis la sauvegarde du patrimoine local.

N'hésitez pas à le franchir pour faire le tour de l'île par le chemin côtier, au centre : la petite chapelle, le calvaire et la fontaine.

- Le 7ème : Le Pont-Lorois.

Si vous venez ou partez de ma maison d'hôtes en direction du pays de Lorient et du Finistère, à 5 kms, vous allez passer obligatoirement sur ce pont. Comme le petit pont de Saint-Cado, il passe par dessus la Ria d'Etel, mais sur une longueur totale de plus de 230 mètres avec des grands courants en-dessous. Il connaît bien des aléas, ce pont du nom de M. Lorois, préfet de l'époque - Un personnage ce préfet ! Avocat puis haut-fonctionnaire, bonapartiste, réfugié en Belgique, revenu en France à la demande de Louis-Philippe. Il est aussi l'instigateur du 1er pont du Morbihan à la Roche-Bernard et de la 1ère mise en valeur des mégalithes de Carnac ! -

Actuellement, on en est à la 3ème construction de ce pont !

- Construit en 1841 une 1ère fois, avec un péage déjà. Dès 1851, pour cet ouvrage, des travaux de consolidation se sont révélés indispensables et ils n'ont jamais cessés jusqu'à ce qu'une violente tempête l' arrache en 1894 ! Pour traverser, les habitants furent obligés de reprendre le bac à chaque fois qu'ils en avaient besoin. Les passeurs, quand il ne fallait pas aller les chercher au café, empruntaient au plus étroit : d'un côté à Belz et de l'autre au Vieux Passage, en Plouhinec. C'était tout aussi dangereux que la rivière d'Auray dont je parle un peu plus haut.

Qu'à cela ne tienne, les bretons sont des gens têtus !

- Eh bien, un 2ème pont fut reconstruit et prévu pour laisser passer des bateaux avec des grands mâts. Las, il fut détruit en 1944. La seconde guerre mondiale et le bombardement de la ville de Lorient eût raison de ce 2ème pont. Il fût délibérément détruit par l'aviation alliée pour bloquer le repli des allemands qui avaient implanté une batterie de canons, notamment sur Erdeven, afin de protéger leur centre de défense de Lorient d'un éventuel débarquement par une attaque navale surprise (on connait tous la suite).

- Le 3ème pont à nos jours : ce dernier, achevé en 1956, a gardé les arches élevées sur le rivage. C'est un pont suspendu où des câbles en acier, reliés à des mâts à 30 mètres de hauteur totale et situés sur les 4 côtés, supportent une structure métallique boulonnée. Il n'est pas spécialement beau mais les câbles d'acier lui donnent une légitimité architecturale. Les variations climatiques, le passage important des véhicules et camions ont fragilisés toute la structure. En 2017 et durant une année, de sérieux travaux de rénovation ont été engagés pour le consolider.

Mais... Sur ce pont, ce qui est à couper le souffle : c'est le paysage !

Vous voyez des 2 côtés : la Ria et ça, c'est maaagnifique ! Parfois à marée basse, découvrant les parcs ostréicoles, et d'autre fois à marée haute avec la mer recouvrant les petits îlots rocheux. C'est toujours aussi beau. Quand j'emprunte ce pont, je ne me lasse pas de me dire que je vis dans un lieu exceptionnel !

Pour finir avec l'histoire de ce pont, voulez-vous une petite anecdote ?

Récemment, une personne que je connais bien, pour être véridique, m'a racontée que, quand elle était enfant, vers 8-9 ans, elle vivait avec ses parents au bord de la Ria d'Etel, tout à côté de ce chantier imposant que fût la dernière construction. Pendant le temps des travaux, elle allait avec les autres enfants du quartier jouer sur le pont en reconstruction. Le dimanche, leur jeu favori était de marcher en équilibre sur les poutrelles métalliques, celles posées par les ouvriers pendant la semaine, juste au-dessus de la rivière. La difficulté étant, bien sûr, de contourner les grosses tiges de ferraille qui sortaient de ces fameuses poutrelles en attente de recevoir les câbles d'acier !

Wouah, direz-vous : un jeu d'enfant, n'est-ce pas ! Maintenant, c'est avec effroi qu'elle raconte cette histoire.

Il y a 60 ans, la notion de dangerosité et de sécurité étaient quasi inexistantes. Difficilement imaginable et pourtant !

En conclusion, j'espère que cette petite leçon d'histoire-géo sur mon Pays d'Auray vous aura plu. Quant à cette citation de Sir Isaac Newton, quelque soit son interprétation, au sens propre comme au sens figuré, que les ponts soient anciens ou récents, petits ou grands, chez moi, en Bretagne, sachez que vous en trouverez toujours un, quelque part, à traverser !

A bientôt, Clotilde.

 

*Culture et Tradition