Patrimoine breton

Balade à l'île de Groix

L'île aux grenats : Groix

On connaît ou entendu parlé des îles du Morbihan : Belle-île-en-mer, l’île-aux-moines, mais un peu moins l'autre pépite qu'est l’île-de-Groix. Située au large de Lorient, elle a un charme indéniable.
Invitée par Gites de France Morbihan, me voilà partie pour une journée découverte.

Direction la gare maritime de Lorient, embarquée sur le ferry de la Compagnie Océane, partenaire pour cette balade îlienne, je retrouve-là les autres participant(e)s.

Le soleil ne montre pas le bout de son nez mais il fait bon et je décide de profiter pleinement de la traversée en m’installant sur le pont supérieur, tout en haut du bateau. Top départ pour 5 kms au large du continent !
Nous quittons la rade, dépassant les bateaux de plaisance, les bateaux militaires que l’on reconnaît à leur teinte grise, l’énorme abri en béton construit pour les sous-marins, les vieux rafiots, certains finissant leur vie rongés par le sel, le vent et le courant.

Tiens donc, nous croisons le bateau-bus qui fait route vers Locmiquélic. Locmiquélic est une petite commune du littoral, comme Erdeven, de ce côté-ci de la maison d’hôtes. Le bateau rejoint le port de Pen-mané. Un transport bien pratique, rapide, qui évite au gens du pays de faire le tour par la route. C’est plusieurs fois par jour la liaison Lorient-Locmiquélic-Lorient.
(Entre nous soit-dit, si vous séjournez au Clos du MènAllèn pendant le Festival Interceltique de Lorient, au début du mois d’Août, je vous conseille fortement de prendre ce bateau-bus qui, en à peine 10 minutes, vous déposera au pied du Quai des Indes, juste où se trouve les principales manifestations du festival).

Puis, c’est la Citadelle de Port-Louis que je découvre côté mer. Quand on franchit ce passage, il est aisé de comprendre l’emplacement stratégique de ce fort militaire construit par les espagnols, pour protéger le port de Lorient -créé en 1666- La citadelle abrite de nos jours le musée de la Compagnie des Indes et le musée de la marine.

45 minutes pour rejoindre l’île de Groix. C’est un bon jour, la mer est calme et clapote doucement, ce n’est pas toujours le cas.

Arrivés à Port-Tudy, LE port de Groix, un sympathique comité d’accueil, les membres de l’association « Grek-Rando » nous attendent sur les quais.

Savez-vous qu’on appelait les groisillons : les greks ?

Non ?

Pourquoi me direz-vous ?
Paraît-il qu’ils étaient connus pour être des grands buveurs de… café ! Et la cafetière en tôle émaillée (en langage breton : « la grek ») restait au chaud, tout au long de la journée, sur la cuisinière à bois de la cuisine familiale, pour celui ou celle qui avait envie de se désaltérer. D’où le raccourci pour désigner un habitant de Groix : « le grek » !

Distribution d’une bouteille d’eau et de barre de céréales énergétiques pour le cas où, c’est dire si nous sommes bien encadré pour la randonnée.

A la découverte de :
L’île de Groix c’est : 3 kms de large sur 8 kms de long, 40 mètres au-dessus de la mer. Elle est la 2ème île bretonne importante par sa taille.
1700 habitants vivent à l’année sur l’île, le nombre augmente à 2400 aux beaux jours. Groix voit sa population passer à 9-10000 habitants l’été. L’hébergement : résidences secondaires, gîtes, chambres d’hôtes, hôtels, camping, conditionnera votre séjour sur l’île. Autrement dit, à moins de prendre la précaution de réserver 1 an à l’avance votre logement, vous ne pourrez y passer qu’une journée et rentrer dormir sur le continent.

Au total c’est 37 kms de sentiers côtiers avec 1500 mètres de déniveler. On peut s’y perdre selon certains ! A mon avis, pas longtemps…

- Aujourd’hui, nous ne ferons qu’une partie du sentier côtier. En délaissant la route principale, 1ère étape : vers le bourg. Nous empruntons un étroit chemin à-pic et caillouteux. Le bourg domine le port en contre-bas. Pose photo sur une plateforme herbeuse que les groisillons appelaient « Le tribunal » parce que fut un temps, les commères s’installaient là et voyaient ce qui se passait sur le port : qui arrivait à Groix, qui partait et surtout avec qui ! La question rituelle : « quesscequi » .

En avant marche :
- Le Bourg :
Nous y voilà, ! Il ressemble à beaucoup de nos bourgs actuels. Les maisons entourent l’église, au décor sobre et simple. Surprise, si on entre dans cette église, ne serait-ce que pour rechercher une fraîcheur bienvenue pendant la saison estivale, on découvre, dans un angle discret, un piano à queue.

Il patiente là en attendant le prochain artiste qui s’aventurera dans cet espace à la sono parfaite.

J’imagine, avec affection, une centenaire groisillonne, que j'ai connu, à la voix juste et pure jusqu’au bout de sa vie, pianotant sur le clavier et dirigeant la chorale dans cette église ou dans les chapelles de l’île.
Sur le clocher, une girouette représentant un poisson qui a fait la richesse de l’île : le thon. De nombreux commerces saisonniers ou non jalonnent les rues et ruelles.

Notre charmante guide nous fait traverser des jardinets, passages raccourcis que tout un chacun emprunte pour rejoindre la place de l’église. Levons la tête devant une maison, un peu délaissée, cette dernière possède une fresque, encore en bon état, sur le haut de sa façade. Un détail architectural dû à la venue d’un italien qui a débarqué un jour à Groix en amenant son art avec lui. Il a bâti des maisons en leur donnant des airs de villas italiennes…

Se côtoient des maisons traditionnelles de pêcheurs, collées les unes aux autres, mais aussi de belles maisons cossues. Ces dernières témoignent de la richesse passée de la pêche. Maintenant, aux maisons d’armateurs se succèdent dans certains quartiers de belles propriétés contemporaines avec des vues imprenables sur l’océan que les groisillons surnomment « le trou de la sécu ». Quel humour ces groisillons !

Nous avançons tantôt dans les chemins, parfois à peine repérables, broussailleux, passons à côté d’un joli lavoir, tantôt nous traversons des petites routes, reprenons les chemins sablonneux dans les dunes et on continue de monter.

La vie au temps d’avant :
- Un passé archéologique :
Sans avoir l’importance de Carnac et même d’Erdeven, la présence de mégalithes : menhirs, dolmens, outils et instruments de pierres polies, témoignent de la présence humaine sur l’île de Groix au néolithique de –2300 à -1700 av. J.C. A voir dans à l’écomusée.

- Beaucoup plus près de nous :
Il n’y avait pas de carrière sur l’île. Les habitants construisaient leurs maisons avec des pierres qu’ils trouvaient sur place. Au sol, une pierre qui est plus de la famille des minéraux : le glaucophane au reflet bleu-vert. Un minéral que l'on trouve en Grèce ou en Italie. On le voit posé en linteau de porte sur quelques maisons anciennes.

Quelques fortins en pierres, style Vauban, sont disséminés à plusieurs endroits de la commune. Actuellement, ils accueillent des expositions d’artistes en été.

Pendant que les hommes étaient en mer, les femmes cultivaient des petites parcelles de terrain cernées de murets de pierres. La terre étant à fleur de roche, pour récolter les légumes et subvenir au besoin alimentaire de leur famille, elles formaient, dans ces espaces, des rangs de monticules de terre séparés de sillons, donnant un aspect bosselé un peu particulier. Il fallait bien protéger les cultures du vent et des embruns. En cheminant sur les sentiers côtiers, on peut en voir quelques unes, mais de nombreuses parcelles semblables existent encore en l’état, abandonnées sous les fougères, aujourd’hui en zone naturelle protégée.

Les sites naturels remarquables :
- Les plages :
Il existe de nombreuses petites plages et criques, elles sont bordées de falaises spectaculaires, c’est magnifique !
Nous arrivons enfin à cette plage particulière à Groix :
-la plage des Grands Sables.


Exceptionnelle par sa forme convexe. Fait incroyable : elle se déplace selon 2 courants marins qui font remonter le sable à leur point de rencontre. Notre guide du jour nous montre sa récente et précédente place, c’est inouï de constater un tel déplacement. Il me semble que c’est la seule au monde à vivre ce phénomène géologique. Un sable blanc… une eau bleu turquoise… pour un peu, je me croirais à des milliers de kilomètres de ma maison d’hôtes.

la plage les sables rouges est constituée de sables de couleurs différentes : blanc et grenat.
Sur le chemin qui y mène, les pierres, que nous foulons, scintillent de milliers de minuscules éclats de grenats (inexploitables si vous voulez savoir). Le sous-sol de l’île est constitué de micaschistes, comme un ancien volcan, teintés du rouge grenat et du glaucophane bleu. Ce qui lui vaut l’appellation de « l’île aux grenats ».
Ce ne sera pas aujourd’hui mais, si nous continuons, nous allons vers la pointe de l’enfer, Port Saint-Nicolas, et Pen Men tout au bout, des points de vue qui font parti des sites prioritaires à visiter si vous y allez.

- Les courreaux de Groix : le passage entre l’île et la rade permettent aux bateaux d’accéder au port de Lorient. Les forts courants et les bas-fonds rocheux rendent la navigation dangereuse. Un passage redouté qui fait dire à certains marins : « Qui voit Groix, voit sa croix » et pour d’autres c’est : « Qui voit Groix, voit sa joie ».

La faune et la flore de Groix :
- Les oiseaux marins sont très présents sur l’île : goélands, mouettes, hirondelles de mer… On connaît peu ou pas dans nos contrées bretonnes : le Fulmar Boréal ou Pétrel Fulmar. Son habitat est plutôt en Ecosse et en Norvège. Ce sont des oiseaux qui vivent essentiellement en haute-mer et ne viennent à terre que pour se reproduire (1 seul œuf à l’année). Après avoir passé leurs 4 premières années en mer, ces oiseaux se mettent à rechercher leur futur lieu de nidification pendant les 4 années suivantes, et il semble qu’une douzaine de ces oiseaux se plaisent à Groix, puisqu’ils reviennent tous les ans pour nicher.

- Parmi les insectes : l’abeille noire de Groix, une espèce qui reste menacée de disparition.
De nombreux lapins dans les landiers. Le dernier renard a disparu il y a quelques années. Beaucoup de faisans peuplent l’île, des couleuvres et des… crapauds (généralement rare sur les îles).
Les plantes endémiques, celles que l’on trouve sont principalement en Bretagne, la lande, les ajoncs, les haies d’aubépines, le chèvrefeuille d’un côté à l’est, de l’autre côté à l’ouest : la bruyère.

Les coquillages et crustacés :
Abondants : les moules, les ormeaux, les crabes, les homards, que du beau monde sur les côtes groisillonnes.
Outre ce que les pêcheurs pêchent avec leurs nasses, il y a la culture des moules sur chaînes, qui n’est pas la moule de bouchot mais une moule qui ressemble à celles que l’on trouve sur les roches.
Les pêcheurs à pied ramassent encore des ormeaux, une pêche très réglementée. Pour palier à la demande de ces « chers » coquillages, une entreprise privée, sur l’île, les élève dans des grands bacs d’eau salée, ils sont nourris aux algues comme dans les conditions naturelles. Sûr elles n’ont ni la taille, et sans doute ni tout à fait la même saveur que l’ormeau dit « sauvage », mais sont de qualité. On les trouve sur toutes les bonnes tables de France et de Navarre.
D’importants bancs de coques existent sur la côte sauvage de l’île. Les pêcheurs exportent leur récolte principalement vers l’Espagne.
Hélas, les maladies dues à la pollution, le manque d’intérêt des jeunes îliens pour la pêche à pied, entraînent un déséquilibre de la ressource au grand dam des anciens.

Sur le chemin du retour :
Nous voilà arrivé sur une plaine où on aperçoit le petit village de Locmaria vers lequel nous descendons. Une jolie chapelle, comme au bourg, des maisons blotties les unes contre les autres. Les roses trémières en fleurs, le parfum du chèvrefeuille, nous sommes dans le tableau d’un peintre !


Le temps passe vite : nous reprenons le chemin du retour vers Port-Tudy, au détour, une autre plage de sable fin, à flanc de roches.
10 kms environ de randonnée pour cette journée de découverte, c’est pas mal, non ?

La vie ici :
- Hier :
Des personnes du passé ont laissé l'empreinte de leur histoire avec l’île comme ces exemples :
Wladimir Brazio, jeune lieutenant de l’ancienne armée impériale russe et faisant parti du 67ème régiment d’infanterie. Un fougueux personnage, parlant français (ce qui laisse penser qu’il faisait partie de la haute société russe), inspiré par Tolstoï et grand admirateur de Lénine. Emprisonné en 1920, il fausse compagnie à ses goêliers et s’empare d’un canot à Port-Tudy, il part à la rame. On retrouve son canot sur la plage d’Erdeven à Kerhilio mais pas de Wladimir. Comme quoi, Erdeven, ma petite commune littorale a l’histoire chevillée à l’océan. Il fut retrouvé, plus tard, par les gendarmes du côté de Josselin et ramené à Lorient.
Habib Bourguiba en 1954, le leader tunisien était assigné à résidence à Groix avant de repartir pour son pays.
Durant la période 39-45, les occupants allemands avaient investi toute l’île et sont restés jusqu’au bout. Ils avaient rebaptisés les villages, les lieux-dits avec des noms germaniques. Des terrains restent encore inaccessibles parce que minés (il y a quelques années, l’île a vécu malheureusement un drame).

- Aujourd’hui :
L’île de Groix opère toujours son charme à qui elle veut ! Savoir aimer avec sincérité ses paysages et respecter les gens qui y vivent-là font certainement partie des conditions d'admission.
D’illustres inconnus mais aussi des acteurs, des comédiens, des écrivains, des peintres, des personnalités publiques ont succombés. Non, je ne vous dirai pas qui !

- Mais encore :

L’activité touristique tient une part très importante dans les ressources économiques de l’île.
Concernant la pêche, on compte les professionnels sur les doigts de la main et dans le port, les bateaux de plaisance ont pris la place des bateaux pêcheurs.
Les Groisillons voient de plus en plus des paquebots de croisière (une quizaine prévue cette année) passer devant leur île, dans les courreaux pour aller accoster au port de commerce de Lorient, non sans remous.
Les maraîchers bio proposent leurs productions de légumes directement sur place.
Sans oublier des entrepreneurs audacieux qui refusent de s’exiler sur le continent au grand bonheur des habitants : conserverie artisanale, biscuiterie, confiserie, etc…
Une info pour les parents de jeunes enfants, il y a 200 enfants répartis dans 2 écoles primaires et 2 collèges, ça fait pas rêver ça, hum ?

Petits conseils personnels pour votre balade :
- Embarquez à Lorient, à Port-Louis ou Hennebont (selon la saison). Se renseigner auprès des Offices de Tourisme.
Pour vous déplacer sur l’île vous pouvez louer, sur place, des vélos ou des voitures électriques. Le stationnement des véhicules est limité en été.
- Si vous avez l’intention de faire le tour de l’île à pied, il faut prévoir minimum la journée et encore, je rappelle qu’il y a quand même 37 kms de chemins côtiers. Vous avez vos bâtons de randonnée ? Pour protéger le sol, pensez à revêtir la pointe métallique d’embouts en plastique ou en caoutchouc, les seuls autorisés sur l’île. Sinon vous risquez une amende pour non-respect de la nature. Vous êtes avertis !
- Bon, pour ma part, j’avais complètement zappé que nous allions faire de la marche ! En voyant au départ, tous les participants baskets au pied, polaire et vêtement de pluie, Wouaaahh ! Vu le temps mitigé en ce tout début de mois de juin, j’avoue que j’ai craint. Que nenni !
- Sans aller chausser avec des talons stilettos, dans mes pieds une paire de sandales confortables, à très bien fait l’affaire. Je n’ai pas fait le tour complet non plus !
Arrivés sur l'île en fin de matinée, le temps était plus clément que sur Lorient. L'après-midi nous avons eu même chaud, comme très souvent sur les îles du Morbihan.
- Prévoyez un vêtement genre polaire dans votre sac en demi-saison. En été, avec le soleil, n'oubliez pas une très bonne crème solaire, parce que là « ça cogne ». Surtout si vous visitez l’autre partie de l’île, là où poussent les bruyères.
Il y a tout ce qu’il faut port ou au bourg pour vous restaurer. L’île est autonome en eau, pensez à respecter votre consommation.

Si vous avez un peu de temps avant d’embarquer sur le bateau de retour vers le continent, allez siroter une limonade, une boisson rafraichissante ou seulement un petit café sur la terrasse d’un des bars sur le port et regardez le va-et-vient des voiliers... Les badauds qui s’attardent devant le ferry débarquant son flot de visiteurs (la question des îliens : qui-est-ce-qui et avec qui !)


Ou alors faites un petit tour dans les commerces du port, vous trouverez-là : vêtements de marins, spécialités culinaires, biscuits et autres caramels au beurre salé. A ramener dans vos bagages, la fameuse « Huile de Homard » une huile de pépins de raisin infusé au homard bleu qui a fait la renommée de la petite entreprise artisanale « Le Guyader ». Pendant l’hiver cette spécialité groisillonne accompagnera vos plats et vous rappellera ces bons moments iodés dans cette île chère au poète en langue bretonne : Jean-Pierre Calloc’h, né sur l’île en 1888, pour lequel Groix a fêté le centenaire de sa disparition au champ d’honneur en 2017.

Pour terminer ce rendez-vous avec cette belle-île, voici un extrait d’un de ses poèmes, mis en musique, devenu hymne traditionnel des groisillons et des gens de mer du continent breton :

« Je suis né au milieu de la mer »
En breton : « Me zo ganet é kreiz er mor » prononcé : « mé zo gan nette e kréz eur mor »
« Je suis né au milieu de la mer, Trois lieues au large, J’ai une petite maison blanche là-bas, Le genêt croît près de la porte, Et la lande couvre les alentours.
Je suis né au milieu de la mer, Au pays d’Armor… »

Merci à
Merci aussi à mes hôtes : Philippe et Elisabeth pour leurs photos.
 
A bientôt,
Clotilde.