Patrimoine breton

Balade en Novembre

L'automne s'étire à la maison d'hôtes...

En Morbihan, les brumes matinales de Novembre si caractéristiques, qui donnent à la campagne et au bord de mer des airs de froidure, se sont installées et nous disent que l'hiver va bientôt arriver.

Savoir profiter des choses "simples" comme un dimanche après-midi de novembre, le soleil même timide encourage à faire une balade, cette fois, dans les chemins de campagne environnants ma maison d'hôtes.

Allez Zou, direction le chateau de Keravéon.

Bien emmitouflée dans mon manteau, bonnet, gants, écharpe et chaussures de circonstance, c'est d'un pas assuré que je marche vers ce lieu où j'ai joué enfant. Sans oublier, le panier d'osier à la main pour ramener à la maison d'hôtes, au cas où cette belle nature m'inspirerait de quoi créer une jolie déco en toute simplicité !

Passer le porche en pierres du parc du chateau, continuer sur l'allée centrale et revenir par l'un des multiples chemins du parc, ouvert au public en toute saison. Admirer les magnifiques couleurs d'automne, le flamboiement des érables du Japon puis lever le regard vers la cime démesurée des grands arbres séculaires de l'arborétum qui pointent vers le ciel.

Au bord du chemin qui rejoint Keravéon au manoir de Kercadio, les arbres communs abandonnent leurs feuillages et laissent passer un pâle soleil. Même l'ombre a disparu.

J'imagine que lorsque le soir arrive, pour un peu que la lune s'arrondisse dans le ciel, les branches doivent reflèter au sol des silhouettes inquiétantes. L'atmosphère humide de ce mois de novembre libère des odeurs de mousse bien verte accrochée à la base nord des troncs d'arbres.

Sur les talus, le houx profite de cette lumière tiède pour exposer ses petites baies d'un beau rouge vif (Voilà matière à bouquets pour orner ma table du petit-déjeuner !). Le houx fragon ou petit houx n'est pas encore fleuri. Les haies d'aubépines retrouvent également leur transparence. On aperçoit des araignées tissant leur toile dans les buissons.

Les oiseaux se montrent discrets, ils apparaissent furtivement devant nous, à la recherche de quelques nourritures avant de regagner les fourrés. Il faut tendre l'oreille pour écouter le petit chant plaintif du rouge-gorge, de l'accenteur-mouchet appelé encore rossignol des pauvres. La grive mauvis et le merle se disputent un ver de terre et bientôt, les oiseaux du Nord arriveront en Bretagne pour passer l'hiver où le climat est plus doux.

Dans l'ancien temps, les gens du pays observaient le comportement des geais (c'est un gros oiseau avec un magnifique plumage). Si l'un d'eux enfonçait une chataigne dans le sol pour avoir sa réserve de nourriture pendant la saison froide, il fallait aller voir discrètement à quelle profondeur il avait enterré sa provision. Paraît-il que plus celle-ci était enfoncée, plus cela présageait un hiver rude.

A notre époque, il y a beaucoup de geais mais je pense qu'on a oublié cette coutume. Avec le changement climatique, je ne suis pas certaine non plus que cette méthode pour prédire le temps à venir soit encore d'actualité.

En limite du chemin de randonnée, dans les champs, on devine les blés déjà semés pour la récolte de l'année prochaine. La terre semble comme au repos et rentrer en sommeil.

Mon regard s'échappe un peu plus loin. Tous ces paysages de bois, de champs, glissent petit à petit vers l'apaisement et la mélancolie.

Tiens : un écureuil, puis un autre... Le soleil les a fait sortir de leur repaire. Ils passent de branche en branche en se suivant. Il y a très, très longtemps, cette espèce pouvait, parait-il, rejoindre l'Aquitaine de cette façon !

Si on imagine que la Bretagne était plantée uniquement de feuillus (le pin n'existait pas), on trouvait des chênes et des noisetiers on peut l'envisager. La preuve : sur le site de fouilles archéologiques de Beg-Er-Vil à Quiberon, les chercheurs ont récemment découvert de précieuses traces de noisettes qui démontrent que les hommes du mésolithique, - 9000, en mangeaient énormément.

Etonnant Non ?

Malgré le froid piquant, je décide de poursuivre mon chemin sur le sentier et de faire un détour du côté des "géants de Kerzhéro" : grands blocs de granit faisant parti du monument mégalithique d'Erdeven.

La balade en novembre (en langue bretonne, novembre se dit : Miz Du ou Kalangouianv) de détente et vivifiante touche à sa fin. Les 800 mètres qui me reste pour rentrer à la maison ne sont pas long à parcourir.

En arrivant, je crois que je vais me laisser tenter par un chocolat bien chaud !!!

Sans perdre de temps, je sors du panier mes trouvailles automnales. Mon imagination au contact de la nature me donne toujours des idées et je me lance dans la création d'un centre de table :

-Une coupe plate en bois, en fait, une tranche d'eucalyptus, mais on trouve dans les commerces de déco des tranches de rondins.

-Trouvés dans le jardin :

-les fleurs séchées des sauges de Jérusalem, des zinnias qui ont fleuris tout l'été au bord de la piscine. 

-Quelques feuilles de l'érable pleureur,

-Des boules de mousses bien vertes,

-Un gros galet, quelques coquillages,

-des jolis champignons en bois tourné trouvés lors d'un marché du terroir.

-Une petite fée en argile sculptée par une potière imaginative, -ben oui, comme dit la chanteuse Zaz dans sa chanson, j'ai aussi une fée chez moi- !

-et le tour est joué !

 Ce n'est pas bien compliqué à faire et j'aime cet esprit nature qui va si bien avec la maison d'hôtes.

"Le vrai bonheur en ce monde est d'être paisible !" a dit Phocylide de Milet (VIème siècle Av. J-C).

Voilà pour moi, ce dimanche après-midi, les mots comme "bonheur"," paisible" ont pris tous leur sens pour faire un break avant les fêtes au

Clos du MènAllèn

Et pour vous c'est quoi un bonheur paisible ?

Clotilde, votre hôtesse.