Patrimoine breton

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Spiritualité et Traditions

1er lieu de pèlerinage des Bretons, Sainte-Anne-d'Auray, dans la tradition religieuse catholique, avec sa basilique dédiée à Anne : mère de la Vierge Marie et grand-mère de Jésus, est le haut-lieu spirituel de la Bretagne. Anne est apparue à un laboureur : Yves Nicolazic, au village de Keranna, au 17ème siècle comme une "majestueuse dame" de lumière le 26 juillet 1624. Lors de cet évènement surnaturel, cette

"dame" lui dit en breton, la seule langue que connaissait Yves : "Me zo Anna mamm Mari" en français "Je suis Anna, la mère de Marie". Elle lui annonça : "Dieu veut que je sois honorée ici". Le pieux paysan, ayant reçu une éducation religieuse, la seule accessible à tous à cette époque, se voit confier la tâche de rebâtir la chapelle qui était déjà dédiée à Anne au 6ème siècle lors de l'évangélisation de la Bretagne.

Après les vérifications sur l'existence précédente de cet édifice, elle est reconstruite et les pélerins commencent à affluer. Pour mieux communiquer (déjà) et pour se démarquer des autres lieux de pèlerinages bretons, il fallait rappeler que Keranna dépendait de l'évéché de Vannes, à l'instar de Saint-Pol de Léon ou Saint-Brieuc par exemple qui étaient, entre autre, des évéchés de Bretagne, les pélerins pouvaient lire les pancartes : Sainte-Anne de Vannes et non Sainte-Anne d'Auray. Ce n'est que plus tard, que le petit village de Keranna prend son indépendance avec le nom françisé que l'on connaît.

Du 17ème siècle, le Cloître est le monument le plus ancien.

Le Cloître a été construit par les pères carmes. Classé monument historique, il est accessible et mène à une petite chapelle où, tous les ans, le jour de la fête de Sainte Anne, une messe un peu plus matinale, est célébrée en breton.

 La Scala Sancta (ou Escalier Saint), symbolisant les marches gravies par le Christ rentrant au palais de Jérusalem avant de vivre La Passion. Il a été pendant 3 siècles le lieu des célébrations extérieures. C'était la porte du sanctuaire. Ce monument construit au 17ème siècle était situé sur le parvis de la basilique. Il a été démonté et remonté pierre par pierre sur l'emplacement actuel. Vous verrez des personnes montant, à genoux, ces escaliers de l'un ou l'autre des côtés, chacun de 24 marches, faisant pénitence et récitant un rosaire.

Quézako : un rosaire ? C'est une forme de méditation que l'on fait grâce à un chapelet. C'est quoi un chapelet ? C'est comme si vous aviez un collier de perles, où sont enfilées 5 dizaines de perles, chaque dizaine séparée par une plus grosse. Celui-ci permet de réciter, sans se tromper sur le nombre : 4 fois le tour du collier, le "Je Vous Salue Marie" précédé par un "Notre Père" : les 2 prières universellement connues dans la tradition catholique. 

 - La Fontaine : Il n'y a pas d'édifice religieux en Bretagne qui n'ait pas sa fontaine à proximité. Sainte-Anne d'Auray n'échappe pas à la règle et on peut voir sur le bel espace devant la basilique la fontaine agrandie au 19ème siècle mais se trouvant à l'endroit exact de la 1ère apparition. Il était et il est toujours de tradition de lancer une pièce dans cette fontaine pour espérer voir son voeu exaucé dans l'année !

- La Basilique : L'édifice devient vite trop petit et la construction de l'actuelle basilique est démarré au 19 ème siècle en 1865 pour se terminer en 1872. En forme de croix latine, le style gothique allié à l'élégance de la Renaissance, par l'architecte Desperthes, donne un nouvel élan à cet espace. Les vitraux racontent les étapes de la vie de l'église. A l'autel, dédié à Sainte-Anne et à Marie, on voit une statue en bois doré les représentant toutes les deux. On aperçoit aussi sur un des piliers du choeur un bas-relief montrant la découverte de la statue de la chapelle, du 6ème siècle, miraculeusement préservée. La flèche du clocher s'élève à 75 mètres de haut. En 1976, la statue en pierre de la sainte à été descendue -on la voit maintenant dans le parc- pour être remplacée par une statue moins lourde (plus de 3 tonnes quand même). Paraît-il que l'église d'Erdeven a hérité des premières cloches de Sainte-Anne. Bon, à vérifier. 

Sainte Anne devient la "patronne" des bretons en 1914. Actuellement, le site accueille plus de 600 000 visiteurs à l'année, surtout depuis la venue du pape Jean-Paul 2 en 1996. Un évènement historique : un pape à Sainte-Anne-d'Auray ! Ce jour de début septembre, il y avait foule, dès le petit matin. Je m'y suis rendue pour participer à cette journée, transportant dans mon esprit, la mémoire et la croyance de mes parents et de mes grands-parents !

- Le Mémorial : en souvenir des 240 000 bretons victimes lors de la 1ère guerre mondiale. A proximité, la nécropole nationale, crée en 1959, est un cimetière français et belge où se trouvent les corps de 3269 hommes blessés, pendant la période 14-18 et décédés des suites de leurs blessures ou de maladies.

- Le musée du Trésor : un petit tour est intéressant. Dans ce lieu sont exposés les ex-votos : plaques gravées - maquettes de bateaux et tous autres objets offerts en remerciement, par des personnes qui ont implorées la Grâce Divine par l'intermédiaire de  Sainte Anne dans des périodes de grande détresse, comme les marins dans la tempête, des souffrances multiples physiques ou autres, pour la santé des enfants, la réussite dans son travail, etc... et qui ont été exaucées.

- La maison du pieux laboureur : Yves Nicolazic, on peut voir la simplicité de sa vie. Le mobilier mais aussi un petit oratoire. A 200 mètres.

- L'espace Jean-Paul II : le plus récent, construit à la suite de la venue du pape.

- Au fond, à droite du mémorial, vous apercevrez une croix : un lieu dédié aux marins péris en mer où les familles des disparus viennent se recueillir.

Tous les ans : les 25 et 26 juillet, le grand pardon réuni les bretons, ceux d'ici et de là-bas. Ceux qui ne le sont pas mais qui ont de l'affection pour cette Sainte-Anne honorée ici, protectrice spirituelle de la Bretagne mais aussi des grands-mères. Un grand pardon par l'affluence des participants. A cette occasion, on peut voir encore des personnes porter le costume traditionnel et pour manifester cette foi populaire, une procession, avec des bannières brodées à l'effigie des saints représentant les évéchés, les églises et les chapelles, est effectuée autour du site, comme un pèlerinage... Depuis quelques années, un spectacle son et lumière, reconstituant l'histoire de Yves Nicolazic est présenté sur le lieu même du pardon. 

Voici une bien jolie prière chantée à son intention :

"Sainte Anne, Ô bonne mère, vers Toi montent nos chants, entend notre prière et Béni tes enfants."

Le Clos du MènAllèn est à une vingtaine de kilomètres de la basilique. Pourquoi ne pas faire une pause (spirituelle ou non) dans ce sanctuaire dédié à Sainte-Anne ?  Ne restez pas à la porte, entrez, il y a toujours une d'ouverte ! Allez allumer un cierge, jetez une pièce dans la fontaine... Ou si vous êtes courageux (ou votre demande exigeante...) allez à pied, comme le veut la tradition du pèlerinage, jusqu'à Sainte-Anne d'Auray. Et si ce n'est pas possible, y penser avec bienveillance, c'est déjà se mettre en chemin pour retrouver l'ami qui demeure en vous !


 Je n'ai pas fini !

J'en profite aussi pour vous parler d'un autre lieu, à 1/2 heure du Clos du MènAllèn. C'est un lieu de dévotion important mais c'est surtout son histoire qui est intéressante : La chapelle Notre-Dame-de-Béléan.

C'est une chapelle qui se trouve sur la commune de Ploëren (prononcé : Ploërin, pour cause de commune sans littoral), au bord de la route très passante qui mène de Sainte-Anne-d'Auray à Vannes, à la limite de 3 communes, et empruntée encore de nos jours par les pélerins (certains faisant le Tro-Breizh). Après avoir subi les vissicitudes du temps, l'édifice actuel date du 15ème siècle, le plus ancien de la commune. C'est un beau témoignage de l'architecture de l'époque avec : la porte Nord de style gothique. A l'intérieur : une statue en bois polychromée du 16ème siècle, un tableau sur l'enlèvement, au ciel, de la Vierge Marie et un autre sur le retour de Jean du Garo offert par le descendant de celui-ci. La chapelle a été reconstruite à l'emplacement de la 1ère bâtie. 

Qui était Jean du Garo ?

C'était un seigneur du coin. Selon la légende, il était parti guerroyer au côté du roi Saint Louis en 1248. Lors de la 7ème croisade contre les infidèles, il fut fait prisonnier avec son écuyer par les Turcs ! Ces derniers les enfermèrent, tous deux, dans une malle. Ne doutant pas du sort qu'il leur était réservé, ils se mirent tous les deux à prier le Bon Dieu sur cette Terre Sainte. Jean du Garo promettant de construire une chapelle dédiée à la Vierge Marie dès son retour au pays.

Ils prièrent tellement fort que tout d'un coup... la malle se rouvrit !

Qu'elle ne fut pas leur surprise en sortant de cette misérable geôle !

Ils reconnaissaient leurs champs, leurs chemins, leur Pays d'Auray... Quel miracle ! Quel mystère ! Ils étaient revenus chez eux ! 

Puis, la vie reprit son cours, Jean Du Garo comme tout seigneur de l'époque, quand il n'était pas à la guerre, était dans ses champs. Il fallait bien vivre, manger. L'activité principale étant la même pour la plupart des gens de ces siècles passés : cultiver la terre, élever du bétail, etc...

Un jour, se rappelant sa promesse, il décida enfin de la tenir. "Chose promise, chose dûe" dit le dicton. Il prit ses boeufs, sa charrette, la chargea de cailloux pour commencer les fondations et dirigea son attelage vers l'endroit qui lui semblait le plus adéquat.

Hélas, ses boeufs prirent la direction qu'ils avaient envie de prendre ! Il essaya de les rediriger vers la destination qu'il avait choisi. Im-po-ssi-ble !!! Rien-à-faire  !!!

Les boeufs prenaient toujours l'autre direction. Las, Jean du Garo, laissa aller...

Et son convoi s'arrêta où ?

Dites-moi ? Hum ?

Eh bien... exactement là, à l'emplacement d'où il était sorti du coffre avec son écuyer ! Il comprit alors que c'était là qu'il fallait bâtir la chapelle.

C'est ainsi que fût construite Notre Dame de Béléan -Béléan est la déformation du mot Bethléem-.

Si pendant votre séjour dans ma maison d'hôtes, vos pas vous mènent vers cette chapelle, (il ya un parking pour stationner), entrez ! N'oubliez pas de faire 3 voeux sur le pas de la porte ! Selon la croyance, un des trois devrait se réaliser ! Et pas la peine de faire les malins en faisant 3 fois le même voeu, ça ne marche pas !

Rien ne vous empêche, non plus, d'allumer un cierge à l'une de vos intentions. Vous pouvez aussi mettre un petit mot concernant votre demande sur le livre d'accueil. Il y aura bien une bonne âme qui lira votre supplique et sa prière vous permettra peut-être de vous voir exaucer ! Qui sait !

Notre-Dame-de-Béléan est un lieu de culte actif, avec sa messe mensuelle, son rosaire récité aussi régulièrement, son pardon. Cet havre de recueillement mérite votre respect si vous y entrez.

Simone Weil a écrit : "Dieu et l'homme sont comme deux amants qui se sont trompés de lieu de rendez-vous ; l'homme attend Dieu dans le temps et Dieu attend l'homme dans l'éternité."  

Peut-être qu'ici, dans ces deux espaces que sont Sainte-Anne d'Auray et Notre-Dame-de-Béléan, où le temps semble parfois s'arrêter, la grâce de la rencontre se fera...

A bientôt en Bretagne,

Clotilde.